A Syrte, la traque « ruelle après ruelle », « maison après maison »

A Syrte, la traque « ruelle après ruelle », « maison après maison »

jeudi 6 octobre 2011 à 07:27

Syrte (Libye), envoyée spéciale - Soutenus par des tirs d’artillerie lourde et les bombardiers de l’OTAN, les brigades révolutionnaires libyennes sont maintenant engagées dans des combats urbains dont l’intensité peut se mesurer au nombre de cartouches de tous calibres qui recouvrent le sol. Reprenant à leur compte les paroles, devenues légendaires, d’un des derniers discours de Mouammar Kadhafi, les pick-up chargés de civils-soldats ont entrepris, mardi 5 octobre, de traquer l’ennemi zenga zenga, « ruelle après ruelle », dar dar, « maison après maison ».

Les combats se déroulent dans le « quartier des Mauritaniens » où, selon les rebelles, les forces loyalistes à Kadhafi sont en majorité composées de « mercenaires d’origine mauritanienne, récemment naturalisés libyens ». Retranchés dans des bâtiments situés à quelques centaines de mètres de distance, ces derniers sont invisibles mais livrent une résistance acharnée aux lance-roquettes et tirs de mortiers.

OPÉRATIONS NON CONCERTÉES ET QUASIMENT DÉSESPÉRÉES

Tenus à l’écart des combats par les échanges d’artillerie lourde des derniers jours, les combattants rebelles, galvanisés par la victoire, qui semble désormais à portée de main, foncent droit devant eux, au risque de tomber sous les balles de leurs camarades. Beaucoup se battent depuis des mois et sont arrivés aux portes de Syrte, blessés, le bras en écharpe ou la tête bandée. D’autres sont des soldats de la dernière heure, en pleine forme et prêts à en découdre, mais inexpérimentés. Certains n’ont pas attendu le feu vert du commandement pour se lancer dans des opérations non concertées et quasiment désespérées.

Il y a par exemple ces six hommes venus de Derna, qui ont expliqué aux brigades massées devant la ville qu’ils entraient dans Syrte pour « en finir » avec Kadhafi et qu’ils combattraient « jusqu’à la mort ». Ils sont en effet entrés mardi 4 octobre au matin. Un seul d’entre eux en est ressorti vivant, pour partir aux urgences de l’hôpital de Ras Lanouf.

PAS D’ESTIME POUR LES SYRTOIS

Abdallah Awami, 30 ans, ancien soldat originaire de Khalij Boumba, se bat depuis le mois de mars sur le front de l’Est, en électron libre. Il n’a jamais appartenu à aucune brigade parce que, dit-il, « c’est trop difficile de voire des frères d’armes mourir devant soi ». Il a préféré aller d’inconnus en inconnus, pour se battre « sans être triste » et se consacrer à la « libération de la Libye ». En mai, il a été blessé d’une balle à la jambe, avant d’être soigné trois semaines en Grèce. Mardi, il a reçu une balle de sniper dans la tête, qui a traversé son casque, mais n’a fait qu’érafler son crâne. Mercredi, il était de nouveau en première ligne, un gros bandage sous son casque percé et, dans le coffre de sa voiture, un véritable arsenal. « Il n’y a pas d’armes que je ne sache utiliser, clame-t-il, du lance-pierres au missile Grad ! »

Pour expliquer sa colère contre la ville de Syrte, Abdallah évoque les combattants ennemis qui, selon lui, ne sont « pas des Libyens mais des mercenaires étrangers qui ont fait couler le sang lors du soulèvement populaire de février ». Il dit aussi que son père fut prisonnier politique seize ans durant dans les geôles de Kadhafi et qu’il est mort malade trois jours après sa libération. Le rebelle Abdallah n’a jamais eu d’estime pour les Syrtois. Et le peu de confiance qu’il était prêt à leur accorder s’est évanoui il y a quelques jours quand, après avoir accepté d’évacuer une Syrtoise en pleurs dans son véhicule militaire, lui évitant ainsi les fouilles aux barrages. En retournant fouiller sa maison, il a découvert des documents prouvant que cette femme était Nadia Kadhaf-Adam, sœur d’un des hommes de confiance de Kadhafi, qui figure dans la top-liste des criminels recherchés par le gouvernement de transition libyen.

ÉLECTRONS LIBRES

Parmi les troupes qui s’engagent dans les ruelles de Syrte, il y a visiblement beaucoup d’électrons libres qui ressemblent à Abdallah. Il y a enfin tous ceux qui appartiennent à une brigade mais qui, aux portes de la victoire, semblent échapper à tout contrôle.

Dans le petit hôpital de campagne installé à quelques kilomètres du front, les blessés sont escortés par leurs camarades. Mercredi, quand l’un des hommes en est ressorti, couché dans un sac en plastique opaque, l’un des jeunes rebelles s’est mis à hurler : « Kadhafi, tu nous as usés ! Tu nous as détruits ! » Malgré les appels au calme de sa brigade, il a démarré en trombe son pick-up, lance-roquettes à la main, tout seul, en direction du front. Personne ne sait pour l’instant ce qu’il est advenu de lui.

Cécile Hennion

Source : LeMonde.fr


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