A quoi sert encore le franc CFA, après 70 ans d'existence ?

A quoi sert encore le franc CFA, après 70 ans d’existence ?

samedi 16 avril 2016 à 10:38

L’avenir du franc CFA est en question. Cette monnaie commune à la plupart des pays d’Afrique centrale et occidentale, héritage de l’empire colonial français, est accusée par ses détracteurs d’handicaper des économies déjà mises à mal par la déprime des cours des matières premières ces dernières années.

Les pays de la zone franc CFA, en Afrique centrale et occidentale, débattent actuellement d’une éventuelle évolution de cette monnaie, considérée par certains économistes et Etats comme un frein au développement. Certains réclament même son abandon. Les discussions sont d’autant plus vives que la région a été durement touchée depuis quelques années par la baisse des cours des matières premières, notamment du pétrole, du bois, du fer et du coton, dont les conséquences ont dominé la réunion des ministres de la zone franc, samedi 9 avril, à Yaoundé (Cameroun).

Les origines du système

Le franc CFA (pour « franc des Colonies Françaises d’Afrique ») a déjà plus de 70 ans, la France du gouvernement De Gaulle ayant lancé la devise en 1945, 6 ans après la création d’une zone franc entre la métropole et ses colonies.

Une monnaie utilisée dans 14 pays

Les pays africains ayant pour devise le franc CFA sont ceux de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UMEOA) et de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau (ex-colonie portugaise), le Mali, le Niger, le Sénégal, le Togo, le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale (ex-colonie espagnole), la République de Centrafrique et le Tchad. La zone franc CFA correspond donc grosso modo à l’ex-empire colonial français d’Afrique, à l’exception notable de Madagascar et du Maghreb. Ainsi, plus de 150 millions d’habitants utilisent la devise.

Comment ça marche ?

La devise est régie par deux banques centrales locales (la Banque des Etats d’Afrique centrale, ou BEAC, et la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest, ou BCEAO), mais malgré l’indépendance politique des pays de la zone Franc CFA, les liens avec l’Hexagone restent très étroits. En effet, la Banque de France fixe le taux de change, actuellement de 1 euro pour 656 francs CFA (soit 100 francs CFA pour un franc français, avant l’adoption de l’euro), assure la libre convertibilité et bat monnaie à Chamalières (banlieue de Clermont-Ferrand). Pour garantir la parité de change, les pays concernés doivent déposer 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor français.

2 variantes, bientôt utilisables dans toute la zone franc CFA

La devise a deux variantes, l’une pour l’UMEOA, l’autre pour le CEMAC. Pour l’heure, le franc CFA de la zone franc d’Afrique de l’Ouest n’est pas valable dans celle d’Afrique centrale, et vice versa, mais les gouverneurs de la BEAC et de la BCEAO ont promis à la réunion de Yaoundé que les deux francs CFA seraient bientôt acceptés dans les deux zones.

Un système qui présente des avantages…

Le franc CFA étant la monnaie commune de la plupart des pays d’Afrique occidentale et centrale, il favorise leur intégration et offre une certaine stabilité, propice au commerce dans la région, mais aussi avec la zone euro, du fait de la fixité du taux de change. A cet égard, la devise est jugée bien pratique par les multinationales européennes, qui peuvent plus facilement rapatrier leurs bénéfices. Le Cameroun et le Bénin comptent parmi les défenseurs du franc CFA, considéré comme un atout face aux turbulences suscitées par la déprime tendancielle des cours des matières premières.

… mais qui est critiqué

Pour certains économistes cependant, le franc CFA freine le développement des Etats qui l’utilisent. En effet, la planche à billets étant sous le contrôle de Paris, les pays du franc CFA ne peuvent pas en imprimer selon leurs besoins. Le système est accusé d’obliger les Etats concernés à calquer leur politique monétaire sur celle de la zone euro, en dépit d’impératifs économiques parfois divergents. Par ailleurs, le taux de change fixe avec l’euro rend mécaniquement les pays de la zone franc CFA moins compétitifs par rapport à d’autres pays voisins d’Afrique quand la monnaie unique est forte, comme c’était le cas en 2008 (l’euro a alors valu jusqu’à 1,6 dollar), ce qui pèse sur les exportations. Ainsi, certains pays, comme le Tchad, n’hésitent pas à réclamer l’abandon du CFA.

Quelles évolutions sont envisagées ?

Certains économistes africains suggèrent une nouvelle monnaie commune en remplacement du CFA, qui ne serait plus soumise à une parité fixe avec l’euro. D’autres militent pour un arrimage du CFA à un panier de devises, constitué notamment de l’euro, du dollar et du yuan (devise chinoise), qui gagne du terrain sur le continent noir (il est même devenu l’an dernier la deuxième monnaie officielle de l’Angola). Le ministre des finances Michel Sapin a indiqué être ouvert aux discussions sur d’éventuelles évolutions, jugeant que l’avenir du franc CFA n’était « en rien un tabou », rapporte l’Agence France Presse.

Nicolas Gallant

Source : Capital.fr


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