Avril 89 : Il y a 27 ans l'horreur…

Avril 89 : Il y a 27 ans l’horreur…

lundi 18 avril 2016 à 13:43

9 avril 1989… 9 avril 2016. Il y a 27 ans, jour pour jour, la Mauritanie et le Sénégal entraient dans un conflit qui a conduit à la rupture de leur diplomatie, à la fermeture de leurs frontières et surtout à la déportation massive vers le Sénégal et le Mali, de populations noires de Mauritanie.

Avril 2016 consacre le tristement 27ème anniversaire du conflit entre la Mauritanie et le Sénégal qui a conduit à bien de dérives des deux États. Au départ, pourtant, rien ne pouvait présager d’une telle issue. Le 9 avril 1989, Diawara, une localité du Sénégal oriental, est le théâtre d’un nouvel accrochage entre des bergers peuhls mauritaniens et des paysans soninkés sénégalais. Ces derniers contre attaquent sur les terres mauritaniennes et y font des blessés. L’armée mauritanienne intervient, un Sénégalais est tué, et une douzaine retenus en otages. Du 21 au 24 avril, ce sont des commerçants maures blancs qui voient leurs boutiques pillées et incendiées. La nouvelle atteint vite Nouakchott. Elle va même s’empirer avec des informations faisant état de Maures noirs qui seraient brûlés vifs dans leurs fours servant de dibiteries (méchoui) et d’autres qui auraient été décapités. La réaction est assez vive en Mauritanie avec des dizaines, si ce ne sont des centaines de Sénégalais tués ou mutilés à Nouakchott et dans plusieurs autres villes mauritaniennes. De part et d’autre du fleuve Sénégal, les représailles sont vives.

Chaque pays entreprend alors de rapatrier ses ressortissants, grâce à un pont aérien mis en place par la France, l’Algérie, l’Espagne et le Maroc. L’état d’urgence et le couvre-feu sont instaurés sur à dans les grandes villes des deux pays afin de contenir des foules surexcitées. L’escalade est évitée. 500 000 Mauritaniens et près d’un million de Sénégalais sont rapatriés à ce moment-là. Dans la foulée, l’État mauritanien commet la plus grave erreur de son histoire en expatriant des populations authentiques mauritaniennes dont la seule spécificité était qu’elles sont noires et négro-africaines. Des centaines de milliers de noirs, dont certains n’avaient jamais quitté le territoire national, changeaient du jour au lendemain de statut : déportés, ils devaient s’établir dans des camps de réfugiés tout au long de la rive gauche du fleuve Sénégal. Les préjudices furent énormes : perte d’identité, oppressions, mort….

De part et d’autre, les départs massifs perturbent l’équilibre des États : si le Sénégal devait faire face à la baisse de la production agricole et un accroissement de la déforestation, en Mauritanie le secteur du bâtiment et celui la pêche maritime, traditionnellement assurés par les Sénégalais, souffrent de ces expulsions. Mais, c’est surtout sur le plan social que ce conflit aura le plus de répercussions, avec ces dizaines de milliers de familles mauritaniennes chassées hors de chez elles, qui vont vivre ce qu’on appellera, « "les années de braise" ; c’est-à-dire le massacre de Négro-Mauritaniens, puis la déportation de 60 000 à 70 000 d’entre eux vers le Sénégal et le Mali.

En 1992, les relations entre les deux pays sont rétablies. Le champ était alors ouvert pour panser les plaies et particulièrement, organiser le retour chez eux des rapatriés. En 2009,le président Sidioca reconnaît la responsabilité de l’Etat mauritanien et décide de ramener en Mauritanie, les expulsés qui le désirent.

Une opération menée à propos dans le cadre des actions des Nations unies et mise en œuvre conjointement par Dakar, Nouakchott et le Haut-commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR) entre 2008 et 2012, qui aura permis à quelques 24 000 personnes (50000 familles) de retrouver la terre de leurs ancêtres. Prenant la question sur son compte, le président Ould Abdel Aziz a pris l’engagement de régler rapidement les questions liées à l’accès aux documents d’état civil et de trouver une solution graduelle pour les autres problèmes". Des actions seront engagées à propos dont le dernier a consisté à indemniser les ayant droits contre la clôture du dossier cible.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui s’en mordent les doigts ? « Ce qu’on leur a promis ne leur a pas été donné », dénoncent ces derniers, qui relèvent par ailleurs que « le pardon ne peut en aucun cas être décrété ». Est-ce alors à dire que la Mauritanie n’a pas encore fini de se sortir d’impasse après les événements de 89 ?certainement.

Ahmed. B

Source : le journal L’Authentique


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