L'enfer pour les homonymes des Kouachi et Coulibaly depuis les attentats

L’enfer pour les homonymes des Kouachi et Coulibaly depuis les attentats

mardi 27 janvier 2015 à 11:04

De nombreuses familles portent le même nom que les trois terroristes, Amedy Coulibaly et les frères Saïd et Chérif Kouachi. Depuis les attentats, plusieurs d’entres elles font l’objet d’insultes, d’intimidations et même de menaces de mort.

Ils s’appellent Kouachi ou Coulibaly et leur nom de famille est désormais associé à celui des trois terroristes qui ont tué 17 personnes début janvier. Depuis les attentats de Charlie Hebdo, leur quotidien a changé. Appels en plein milieu de la nuit, insultes, menaces de mort, des familles entières se sont retrouvées « prisonnières » de leur nom, sans cesse contraintes de se justifier. « On a rien à voir avec lui », répète inlassablement Mme Coulibaly* au téléphone. « Je n’arrête pas de le dire, mon mari s’appelle Amedy Coulibaly comme le terroriste, mais on ne le connaît pas, on est pas du tout de la même famille ». Depuis l’attaque à Charlie Hebdo, sa famille originaire de Mauritanie a reçu des dizaines d’appels menaçants. Parfois en pleine nuit, vers deux-trois heures du matin. « Des gens appellent, on répond mais personne ne parle au bout du fil, il y a un grand silence, c’est hyper angoissant », raconte cette mère de quatre enfants, qui vit dans les Hauts-de-Seine. Depuis, son époux a déposé une main courante pour signaler ces cas de harcèlement.

En Indre-et-Loire, une autre mère de famille semble excédée au bout du fil. « Oui, on porte le même nom que les frères Kouachi, mais c’est tout, on a rien à voir avec eux », soupire-t-elle. La gorge nouée, elle raconte que ses enfants ont été harcelés à l’école, dès le jeudi 8 janvier au matin, au lendemain de la tuerie à Charlie hebdo. « On a commencé à les insulter, on a traité mon fils de terroriste au collège, pareil pour ma fille au lycée », raconte-t-elle, écoeurée. « Le soir, en retrant à la maison, ils n’étaient pas bien, alors j’ai décidé d’aller voir l’école pour régler le problème », poursuit Mme Kouachi. « Depuis ça s’est arrêté mais ça a été très dur pour nous. On a même pensé à changer de nom à un moment ».

A Tours, L. Kouachi, 70 ans, militaire à la retraite, a traversé le même calvaire. Ses enfants sont plus grands, mais eux aussi, ont essuyé des insultes. « Mon fils est militaire, on l’a appelé la nuit pour le traiter d’assassin. Il a fini par porter plainte », raconte le retraité, qui a lui-même reçu des coups de fil intempestifs dès le jeudi matin. « C’était des imbéciles qui appelaient pour nous insulter. Ils ont sûrement trouvé notre nom dans l’annuaire », suppose-t-il. Depuis une semaine, les appels se sont calmés, mais ce grand-père a toujours peur pour sa famille. « Nous sommes de religion musulmane, je fréquente une mosquée et je crains qu’on s’en prenne à nous », explique-t-il. « Vous savez, même ma petite-fille n’est pas rassurée. Hier matin, je suis allé la chercher à l’école et elle m’a dit ‘Papy, ne me dis pas bonjour en arabe devant l’école’ s’il-te-plaît ».

En Languedoc Roussillon, une autre famille Kouachi subit les conséquences des attentats. « Pour moi, ça a été un choc de voir mon nom s’afficher en boucle à la télévision pendant des jours et des jours », raconte cette femme de 48 ans, qui n’a pas souhaité donner son prénom pour des raisons de sécurité. « Ma soeur a reçu des menaces de mort et n’a pas dormi chez elle pendant les premiers jours, donc je n’ai pas envie qu’il m’arrive la même chose », explique-t-elle. Au travail, rien n’a changé pour elle. Cette cadre en entreprise a décroché sa promotion comme prévu. C’est plus dans l’entourage que les comportements ont changé. « On ne vous regarde plus de la même manière, on vous soupçonne quoi qu’il arrive, c’est très dur à supporter ». Elle a aussi enduré les mauvaises blagues. « On me faisait des réflexions du style ‘appelle tes frères et dis-leur de se rendre’ ». Elle pense aussi au reste de sa famille : son neveu de 20 ans veut changer de nom, sa soeur qui travaille en interim a peur de ne pas retrouver de travail, ses frères, qui ont une entreprise artisanale, ont peur que leur activité en pâtisse. Aujourd’hui, Mme Kouachi se barricade chez elle, « je suis encore sous le choc, j’ai peur pour ma famille ».

* La rédaction a choisi de ne pas publier les prénoms pour assurer leur tranquillité

Source : LeFigaro (France)


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