La Mauritanie doit libérer deux prisonniers d'opinion détenus depuis un an

La Mauritanie doit libérer deux prisonniers d’opinion détenus depuis un an

mardi 10 novembre 2015 à 11:34

La Mauritanie doit immédiatement libérer deux militants anti-esclavagiste en prison depuis un an alors que l’état de santé de l’un d’eux s’est détérioré, ont déclaré aujourd’hui 17 organisations de défense des droits humains. Biram Dah Abeid – président de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA-Mauritanie) – et Brahim Bilal Ramadane – vice-président du même mouvement – sont en prison depuis le 11 novembre 2014, condamnés pour appartenance à une organisation non reconnue, participation à une réunion non autorisée, non-respect des ordres de la police et rébellion.

Les organisations signataires demandent leur libération immédiate et sans condition et l’abandon des charges retenues contre eux.

« La Mauritanie a voté, en août 2015, une nouvelle loi contre l’esclavage, considéré désormais comme un crime contre l’humanité. Malgré l’adoption de cette loi, les personnes pratiquant l’esclavage échappent encore à la justice et, paradoxalement, des militants anti-esclavagistes sont condamnés à des peines de prison ferme, » a déclaré Gaëtan Mootoo, chercheur d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest.

« La Mauritanie doit cesser de cibler les militants anti-esclavagistes condamnés uniquement pour leur participation à un rassemblement pacifique. »

Selon les informations reçues par les organisations signataires, Biram Ould Dah Abeid souffre d’une hernie discale, d’hypertension et de douleurs à l’abdomen. Il a été admis à l’hôpital d’Aleg le 25 aout suite à des douleurs au dos et à la jambe. Le médecin chef de l’hôpital d’Aleg qui l’a examiné aurait indiqué qu’il devait être transféré de manière urgente vers l’hôpital de Nouakchott pour des analyses complémentaires. Les autorités mauritaniennes n’ont pas encore donné l’autorisation de ce transfert.

Les organisations signataires demandent que Biram reçoive immédiatement les soins médicaux appropriés conformément aux normes internationales.

« Les lenteurs notées dans le transfert de Biram s’apparentent à un traitement cruel, inhumain et dégradant. Le gouvernement sera tenu pour responsable de tout ce qui pourrait advenir à ce prisonnier d’opinion malade, » indique Clément Boursin, Responsable des programmes Afrique d’ACAT.

Contexte

L’esclavage a été officiellement aboli en 1981 en Mauritanie et depuis 2007, sa pratique est reconnue comme un crime conformément au droit national. En août 2015, la Mauritanie a voté une nouvelle loi contre l’esclavage, considéré désormais comme un crime contre l’humanité. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel la Mauritanie est partie, proscrit l’esclavage également. Cependant, depuis 2010, si au moins 32 cas d’esclavage ont été présentés au procureur, la plupart de ces affaires sont soumises à de longs délais.

Les autorités mauritaniennes restreignent fréquemment la liberté d’expression des défenseurs et des organisations de défense de droits humains qui mènent campagne contre l’esclavage. M. Biram Dah Abeid, président de l’IRA-Mauritanie, a déjà été arrêté en 2010 et en 2012 pour avoir manifesté son opposition à l’esclavage.

Les organisations signataires

Action des Chrétiens pour l’abolition de la Torture ; Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme ; Amnesty International ; Association des Femmes Chefs de Famille (Mauritanie) ; Anti Slavery International ; Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits Humains ( CSVVDH) en Mauritanie ; Forum des Organisations Nationales des Droits de l’Homme en Mauritanie (Mauritanie) ; Free the slaves (USA) ; Initiative pour le Résurgence du Mouvement Abolitionniste (Mauritanie) ; Initiative pour le Résurgence du Mouvement Abolitionniste, IRA (USA) ; International Trade Union Confederation ; Minority Rights ; Pen International ; Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme – Sénégal ; Société pour les Peuples Menacées (Society for Threatened Peoples) ; SOS Esclaves-Mauritania ; Walk Free.

Source : Amnesty International


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