Le Maroc à la reconquête de l'Union africaine

Le Maroc à la reconquête de l’Union africaine

mercredi 25 janvier 2017 à 16:55

Les chefs d’État voteront sur le retour du Maroc, lors du 28e sommet de l’Union africaine qui débute ce mercredi 25 janvier à Addis-Abeba avec une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays membres.

Le prochain sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine les 30 et 31 janvier à Addis-Abeba, s’annonce historique : pour la première fois depuis plus de 30 ans, le Maroc et la République arabe sahraouie démocratique (RASD), qui se disputent âprement la souveraineté du Sahara occidental et le contrôle de ses ressources, notamment la potasse, siégeront dans une même assemblée.

Rabat a claqué la porte de l’Organisation de l’unité africaine (précurseur de l’Union) en 1984, pour protester contre la reconnaissance de cet État, proclamé par le Front Polisario en 1976, alors que l’Espagne, après la mort de Franco, se retirait du « Sahara espagnol ».

Le départ du Maroc avait en mis en évidence les profondes divisions qui traversaient l’OUA : une majorité d’États membres, certes, reconnaissaient la RASD ; mais 19 États, dont bon nombre de pays francophones, y compris la Côte d’Ivoire, le Niger, le Sénégal et la Guinée, étaient acquis à la cause du Maroc.

Négociations

Depuis que Mohamed VI a annoncé, en juillet dernier, que le royaume souhaitait retrouver sa « place naturelle » au sein de l’Union, le roi n’est pas resté les bras croisés. Il a appelé les parlementaires marocains à ratifier l’Acte constitutif de l’organisation, ce qu’ils ont fait la semaine dernière. Et il s’est rendu dans de nombreuses capitales, abordant questions diplomatiques et… économiques.

Elles pourraient peser dans la balance lorsque les chefs d’Etat africains voteront, au sommet du 30 et 31 janvier, sur l’adhésion du royaume. Le Maroc a signé récemment des dizaines de conventions et accords avec des pays comme le Rwanda et la Tanzanie, qui soutiennent la République arabe sahraouie démocratique – du moins jusqu’à maintenant.

Mohammed Benhammou, le président du Centre marocain des études stratégiques, assure que la vaste majorité des 54 chefs d’État invités au prochain sommet de l’Union donneront leur feu vert au retour du Maroc. « C’est juste une question de procédure, juste une question de temps », assure-t-il à RFI.

Incertitudes sur une expulsion du Sahara occidental

Le retour du royaume entraînera-t-il l’expulsion de la RASD ? C’est sur ce point que les avis divergent. Le « parrain » du Front Polisario, l’Algérie, a joué profil bas sur l’éventuel retour du Maroc à l’Union. L’Algérie, qui accueille 165 000 réfugiés sahraouis sur son sol, n’a fait aucune déclaration officielle indiquant qu’elle y était opposée. « Dès lors que [le Maroc] a ratifié l’Acte constitutif de l’Union africaine, très logiquement, il s’accommode de la présence de la RASD au sein de l’Union africaine », estime Zine Cherfaoui, journaliste au quotidien algérien El Watan.

C’est aussi le point de vue du Front Polisario. Son président, Brahim Ghali, assure que la ratification par les parlementaires marocains de l’Acte constitutif de l’Union suppose que le royaume respecte les « frontières » du Sahara occidental, rapporte l’agence algérienne APS.

Des pays comme le Rwanda, qui voit pourtant le retour du Maroc d’un bon œil, souhaitent que son adhésion se fasse « sans condition » selon les propos prêtés à la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo. En clair : que la présence du royaume ne soit pas conditionnée à l’exclusion de la RASD.

Rabat persiste et signe

Son départ sera pourtant, tôt ou tard, à l’ordre du jour, selon Rabat, très remonté contre les indépendantistes, surtout depuis que l’ex-secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, a parlé de l’ « occupation » marocaine du Sahara occidental (que Rabat appelle « Sahara marocain » ou « Provinces du Sud ».

« Il apparaît aujourd’hui évident que la meilleure stratégie de défense des intérêts du Royaume doit s’opérer de « l’intérieur », écrit Brahim Fassi Fihri, fondateur de l’Institut Amadeus, un think tank marocain basé à Rabat. Il est en effet plus aisé pour le Maroc de se ‘battre’ au cœur de l’instance africaine qu’à l’extérieur de celle-ci. »

L’Acte constitutif de l’Union est pourtant muet sur l’exclusion d’un Etat membre. Il se contente de préciser comment un État membre doit s’y prendre pour s’auto-exclure. « Ce ne sera pas simple : la loi constitutive de l’Union africaine ne mentionne pas l’exclusion d’un État, explique le politologue Mohammed Benhammou. [Un État] ne peut pas être exclu par ses pairs. Nous sommes face à un vide juridique. C’est un point qui sera soumis à une véritable guerre de procédure, juridique aussi. »

Source : RFI


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