Les aléas de l'intégration des immigrés maliens en Mauritanie

Les aléas de l’intégration des immigrés maliens en Mauritanie

jeudi 6 août 2015 à 17:49

Les immigrés maliens viennent en République islamique de Mauritanie à la recherche de travail. Ils savent pourtant que la régularisation de leur statut juridique est difficile. Cela n’empêche qu’ils travaillent dans des domaines marginaux tels que la maçonnerie, le nettoyage, les services temporaires, les charrettes de vente d’eau et les ateliers de refroidissement, etc.

Dans la rue mauritanienne, cette situation a provoqué diverses réactions différentes. Certains mauritaniens se plaignent de ces « étrangers résidents ». Ils les accusent d’avoir apporté plus de problèmes à leur pays. Car, « ils sont derrière beaucoup des crimes et ils travaillent à des salaires très bas ; ce qui a resserré davantage le marché du travail devant les employés locaux ».

Mohamed Lamine est chauffeur de taxi et employé à l’une des mairies de Nouakchott. Selon lui « il ne se passe presque pas de journée à Nouakchott sans que les médias ne nous rapportent des informations sur l’implication d’étrangers dans des crimes : vol, spéculation, agressions, voire même des homicides ».

D’après Mohamed Lamine « la médiatisation de ces sujets fait que beaucoup des mauritaniens sentent une grande amertume face à ce mauvais comportement de ce migrant résident à qui nous avons ouvert notre pays pour vivre. Et voilà qu’il devient une source de nos problèmes ». « Il y a des emplois que nous, citoyens mauritaniens, avons pratiquement perdus, comme la conduite des taxis. Car, ces étrangers acceptent d’être mal payés ; ce qui fait que les employeurs préfèrent les recruter à la place du citoyen mauritanien qui n’accepte que le salaire courant dans son pays » a-t-il dit.

Cependant, Mohamed Lamine reconnait que l’immigré malien se différencie des autres. « Le malien est très peu impliqué dans les crimes, par rapport aux autres africains » a-t-il admis.

Mohamed Sissako, immigré malien, ne partage pas cet avis : « Ceci n’est qu’un exemple des commentaires inéquitables et des réactions superflues pour réagir à la criminalité en Mauritanie. Mais, le bon sens exige qu’il y ait une recherche des causes radicales du problème au lieu d’une lecture simpliste qui veut que les immigrés soient la racine du mal et derrière ces problèmes. Nous travaillons chez des mauritaniens que nous n’avons pas obligés de nous recruter, mais nos pairs mauritaniens refusent de travailler dur comme nous le faisons ».

Selon Sissako, l’injustice constitue l’un des problèmes principaux de certains immigrés en Mauritanie : « Certains sont venus ici à la recherche d’un travail bien défini, mais ils ont fini par se retrouver dans la rue à la recherche de n’importe quel travail. Certains sont très mal payés et ne perçoivent que tardivement leurs salaires. Certains employeurs refusent parfois de payer leurs salariés, ce qui les conduit à commettre des bétises ; les deux parties peuvent même se bagarrer ».

Un avocat mauritanien qui a beaucoup défendu ces immigrés, commente la situation en disant : « Je ne défends ici ni des criminels ni des voleurs. A mon avis, il n’y a aucune raison justifiant de commettre un crime. Mais, ceux-ci sont des êtres humains comme les autres : parmi eux certains peuvent se retenir face aux injustices et violations, d’autres tentent de se trouver des motifs pour justifier leurs crimes. Pour moi, la principale cause de ces crimes est l’inapplication équitable des lois. Si tout le monde, mauritaniens et étrangers, savait qu’il y a une punition dissuasive, claire et applicable à tous sans aucune distinction, il y aurait un fort obstacle psychologique devant toute personne qui penserait à commettre un crime ».

El Mina, « Sixième », est un quartier de la ville de Nouakchott habité, dans sa majorité, par des subsahariens, notamment maliens. Ici loge Marième Bakayoko, avec sa mère, dans une petite pièce. Bakayoko compte sur son modeste salaire de nurse dans une garderie privée d’enfants pour se nourrir et nourrir sa mère âgée de 78 ans. Bien que dotée d’une licence en protection sociale, la malienne ne trouve pas de meilleur boulot.

Marième Bakayoko déclare : « Je suis ici en Mauritanie depuis quatre ans. Chaque fois que je cherche du travail en tant qu’enseignante dans des instituts ou des écoles, on me dit que je ne suis pas mauritanienne et ce, malgré le fait que je dispose chaque année d’une carte de séjour en Mauritanie. Cette carte de séjour ne tient pas lieu de permis de travail, sauf chez les OSCs ».

Marième ajoute : « En principe, les citoyens maliens ne devraient pas être obligés d’avoir des cartes de séjour en Mauritanie. Car, leurs pairs mauritaniens entrent et sortent du Mali comme ils veulent sans aucune contrainte, en application de l’accord de libre circulation des personnes entre les deux pays. Mais, il parait que cet accord n’est pas équitablement appliqué ».

L’intégration des maliens en Mauritanie ne se passe pas comme l’espéraient les Maliens, avant de s’aventurer dans ‘l’Eldorado mauritanien’.

Source : Dune Voices


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