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Mauritanie - Biram Ould Dah Abeid : « Nous n’avons pas de problème avec une communauté, mais avec un seul homme : Mohamed Ould Abdelaziz »

vendredi 12 août 2016 à 15:50

En réaction à la lourde condamnation judiciaire de treize militants de son organisation, le leader anti-esclavagiste, Biram Ould Dah Abeid dénonce un procès politique. Il annonce un vaste lobbying international, y compris en Afrique, contre le régime de Mohamed Ould Abdelaziz.

Le jeudi 18 août, la justice mauritanienne condamnait treize militants de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) à des peines allant de trois à quinze ans de prison ferme pour « usage de violence » lors de manifestations contre le pouvoir. La Cour a rejeté toute introduction de recours dans cette affaire qui prend l’allure d’un procès politique. Dans cette interview, le président de l’ONG anti-esclavagiste, Biram Ould Dah Abeid, dénonce une condamnation inique selon lui et appelle, encore une fois, le président Mohamed Ould Abdelaziz à se retirer dignement du pouvoir à l’issue de son mandat.

Jeune Afrique : Comment interprétez-vous le verdict prononcé par la justice mauritanienne à l’encontre des militants de l’IRA ?

Biram Ould Dah Abeid : C’est un jugement rendu par le chef de l’État Mohamed Ould Abdelaziz. Tout au long du procès, nos avocats ont démontré que la loi a été violée par un juge sous les ordres du régime. Pour moi, ce jugement dénote une fuite en avant d’un pouvoir désemparé, pris par la panique à cause des adhésions massives à l’IRA, surtout au sein des populations marginalisées, sans parler du soutien de la communauté internationale. Je réitère mon appel à Ould Abdelaziz à se retirer dignement à la fin de son mandat et à organiser des élections démocratiques, libres et transparentes.

Quelle est l’influence réelle de l’IRA en Mauritanie ?

L’acharnement du pouvoir contre notre organisation montre que notre discours a un impact fort en Mauritanie. Depuis sa création, l’IRA occupe l’actualité. Elle a fait bouger les lignes en matière de droits de l’homme et a dévoilé le passé lourd de la Mauritanie en matière de déportations, d’exécutions extra-judiciaires et d’esclavagisme agricole. L’IRA a aussi défié le pouvoir lors de la précédente élection présidentielle et a pu s’affirmer malgré les fraudes massives qui ont entaché ce scrutin.

Avec une opposition politique qui a choisi la carte du boycott électoral, ne vous sentez-vous pas isolés dans votre rôle de dénonciation ?

Nous ne sommes pas isolés dans notre combat. Les langues ne peuvent pas se délier à cause de l’épée de Damoclès qui pèse sur tout le monde. Je ne critique pas la position de boycott de ces partis politiques. Je respecte leur point de vue. Leurs arguments sont fondés car le pouvoir n’a pas encore souscrit à un jeu démocratique.

Vous êtes actuellement à Abidjan dans le cadre d’une tournée africaine de sensibilisation à votre cause. Quels sont les pays que vous allez visiter ?

Je vais visiter quelques pays de l’Afrique de l’ouest et de l’Afrique australe et centrale en plus du Maghreb. L’objectif est de sensibiliser la société civile dans ces pays à la cause des victimes de l’esclavage et des droits de l’homme en Mauritanie. Le peuple mauritanien est maintenu dans une grande prison par Mohamed Ould Abdelaziz, privé de ses droits politiques et économiques.

Ne voyez-vous pas dans votre tournée un motif d’énervement des autorités mauritaniennes ?

Certes, mon intervention médiatique à Dakar le 11 juin n’a pas plu au pouvoir. J’y ai dit que la religion musulmane appelle à la fraternité, à la liberté et à la justice entre les hommes, abstraction faite de leur race et de leur couleur de peau. J’ai appelé les Arabes et les Africains à se démarquer de la gestion sectaire de l’islam en Mauritanie et de « l’apartheid » non écrit qui y est pratiqué. Le pouvoir mauritanien, qui veut monter les communautés mauritaniennes les unes contre les autres, ne peut pas déformer mon discours car il ne prête à aucune controverse. Nous n’avons pas de problème avec une communauté, mais avec un seul homme : Mohammed Ould Abdelaziz.

Quels sont vos soutiens actuels dans ces pays africains ?

Notre réseau est déjà bien implanté en Europe et en Amérique. Maintenant, nous commençons notre action de sensibilisation en Afrique et dans le monde arabo-musulman. A partir de la semaine prochaine, des organisations africaines vont sortir des communiqués de soutien à l’IRA.

Y a-t-il des gouvernements africains parmi ces soutiens ?

En tant que défenseur de droits de l’homme, je m’adresse à la société civile africaine. Et chaque ONG sensibilise son gouvernement sur ce qui passe en Mauritanie.

Le collectif d’avocats de vos militants condamnés a annoncé une « stratégie de défense qui sera menée à l’intérieur et à l’extérieur du pays ». De quoi s’agit-il ?

Nous sommes habitués à des démêles avec le pouvoir et à des simulacres de procès. Même si la justice n’a accepté aucun recours à son verdict, nous allons entamer des actions populaires pacifiques afin que nos militants sortent de prison la tête haute. Quant à notre lobbying international, il va se focaliser sur les trois grands partenaires de la Mauritanie : l’Union européenne (UE) en tant que partenaire économique, les États-Unis en tant que partenaire militaire et l’Union africaine (UA) en tant que partenaire diplomatique. Ceci en plus de l’élargissement de nos soutiens internes au sein des partis politiques et des ONG de droits de l’homme mauritaniennes.

Comptez-vous toujours vous présenter à l’élection présidentielle de 2019 ?

Évidemment. C’est une date fondamentale pour le combat de l’IRA.

Source : Jeune Afrique


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