Mauritanie : La fête de l'indépendance au cœur des passions

Mauritanie : La fête de l’indépendance au cœur des passions

vendredi 8 décembre 2017 à 06:07

Le 57ème anniversaire de l’indépendance de la Mauritanie (l’istiqlal) est célébré cette année, le mardi 28 novembre, dans la ville de Kaédi capitale du Gorgol (Sud), au rythme d’un nouvel hymne et sous de nouvelles couleurs du drapeau national.

Cette année la célébration a une saveur spéciale, bien que controversée, dans la mesure où elle intervient au lendemain des changements constitutionnels votés lors du référendum du 5 août 2017.

Ces amendements qui ont remplacé la chambre haute du parlement mauritanien, le Sénat, par des conseils régionaux ont aussi préconisé la modification de ces deux emblèmes nationaux majeurs, à savoir, l’hymne national et le drapeau.

Le changement de l’hymne national qui est en vigueur depuis l’indépendance du pays en 1960, vient de s’achever avec la composition musicale de ses nouvelles paroles. Des paroles contestées par un grand nombre de Mauritaniens, et qui sont, rappelons-le, le fruit du travail d’une commission composée de 39 poètes, désignée par le gouvernement.

Quant au drapeau, il s’est vu doter de deux nouvelles bandes rouges horizontales, en hommage aux martyrs tombés lors de la résistance à l’occupation française et lors de la guerre du Sahara.

Selon Nabila Cheikh, chargée de la communication du Conseil de la jeunesse, le changement de ces deux emblèmes nationaux vient dans un contexte global de renouvellement des fondements de notre patrie par une rupture avec l’héritage colonial.

« Ce que la plupart ne comprend pas, c’est que nous n’avons pas changé de drapeau, nous l’avons simplement amélioré en rétablissant l’honneur des martyres et en exprimant notre reconnaissance à la résistance » explique Mme Cheikh.

« Pour l’hymne national, c’est différent. Car il y avait une demande populaire. On avait besoin de sortir de cette ambiance plutôt soufie pour aller vers un rythme plus fort, plus engagé et qui évoque le patriotisme. On nous a critiqués sur le choix du compositeur qui est Egyptien. Je rappelle juste que c’est lui qui a composé, entre autres, l’hymne national de la Tunisie et celui de l’Irak », a-t-elle affirmé.

« Il est tout à fait normal que les Mauritaniens expriment une réticence à s’approprier ces nouveaux symboles, mais ils ont une capacité d’adaptation très forte. C’est vrai que pour faciliter la tâche, il aurait peut-être fallu plus de communication sur le sens de ces changements, mais nous avons manqué de temps à cause d’un calendrier politique surchargé », conclut Nabila.

Pour Abdoulaye Ciré Ba, journaliste écrivain, le problème ne réside pas dans la décision de changement, ni dans la forme, ni dans le contenu des emblèmes changés, mais bien dans la récupération politique que font, certains groupes de l’élite nationaliste arabe originaire du Nord du pays, autour de ces nouveautés.

« Ils cherchent à focaliser toute l’histoire récente de la Mauritanie autour de la résistance au Nord du pays et d’essayer de faire croire qu’il n’y a qu’au Nord du pays qu’il a y eu résistance. », dit-il.

« Alors que la résistance n’a fait que se déplacer des pays africains du sud, premiers à être occupés, vers le Nord. La vallée du fleuve Sénégal a connu, entre 1830 et 1900, la même volonté d’auto-défense contre l’emprise française que celle enregistrée en pays maure entre 1900 et 1934. La résistance est passée du Wâlo et du fuuta Tooro vers le Trarza, puis au Brakna et ainsi de suite pour finir au Nord. ».

Le journaliste continue son analyse : « Ensuite, le choix des emblèmes nationaux doit être consensuel, il doit refléter les aspirations et les principes dominants au sein de la communauté. Aussi les symboles doivent être clairs pour éviter les mauvaises interprétations qui mènent à l’exclusion et à la division : l’élite nationaliste négro-africaine voit le sang de ses martyrs dans le drapeau alors que d’autres voient le sang de leurs résistants, par exemple ».

Célébration de la fête nationale à Kaédi

L’indépendance se fête pour la troisième fois dans une capitale régionale. Après Nouadhibou (Nord-Ouest), Atar (Centre), c’est la capitale du Gorgol, Kaédi (Sud) qui est choisie, cette année, pour accueillir « l’istiqlal ».

Située sur la rive droite du fleuve Sénégal et habitée par plusieurs communautés mauritaniennes (maures, peuls et soninkés), Kaédi est au cœur des tensions intercommunautaires.

Traditionnellement, la fête de l’indépendance est un moment de deuil pour une partie des populations locales qui pleure toujours ses morts et disparus lors du conflit avec le Sénégal en 1989 et des purges de 1992.

Certains observateurs optimistes voient, dans le choix de Kaédi comme récipiendaire de « l’istiqlal », une volonté d’apaisement de la part du gouvernement ou d’une ébauche de solutions au règlement du passif humanitaire qui continue d’alimenter périodiquement les manifestations de colère dans la zone.

Mais selon Abdoulaye Ciré Ba, c’est bien une coïncidence et nullement un choix prémédité pour réparer ce douloureux passif qui a traumatisé toute la sous-région, accentué aujourd’hui par l’attitude du déni systématique adoptée par les élus qui se sont succédé au pouvoir.

Et tout cela, à un peu plus d’un an d’une fin de mandat présidentiel qui ne cesse de susciter les interrogations d’usage dans le pays : partira ou ne partira pas ?

Il est à rappeler, enfin, que la Mauritanie se situe en Afrique de l’Ouest. Elle s’étale sur 1 million de kilomètres carrés et compte 4,3 millions d’habitants.

Maimouna Saleck

Source : Agence Anadolu (Turquie)


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