Mauritanie : Le palmier dattier, moyen de survie et patrimoine culturel

Mauritanie : Le palmier dattier, moyen de survie et patrimoine culturel

dimanche 19 août 2012 à 17:25

« Le palmier est un moyen de survie, il nourrit par ses dattes ; avec ses palmes, nous fabriquons des nattes, des lits et des chaises tandis que ses feuilles servent à confectionner des corbeilles et à alimenter notre bétail », déclare Tahya Mint Mohamed, une paysanne mauritanienne de 44 ans, mère de trois enfants.

Présidente de l’union des Associations de gestion participative des oasis de la région des deux Hodhs (cuvettes en arabe, et deux oasis) dans le sud-est de la Mauritanie, Mint Mohamed fait preuve de courage et de persévérance dans l’exploitation du palmier dattier, une activité traditionnellement réservés aux hommes.

« La palmeraie constitue mon ultime investissement, je l’entretiens soigneusement et l’arrose à l’aide de mon chadouf (technique traditionnelle manuelle pour arroser), je l’exploite rationnellement », explique-t-elle à IPS, pendant qu’elle était ravie de faire visiter l’intérieur de son périmètre oasien en période de cueillette de dattes.

Sa production dépend de la pluviométrie et des ennemis des cultures, comme les criquets, les oiseaux et les animaux. Mais elle estime sa production entre 500 kilogrammes et une tonne de dattes par an.

La Mauritanie compte quelque 2,420 millions pieds de palmiers dattiers, toutes espèces confondues : palmiers productifs, non productifs (jeunes palmiers) et palmiers mâles (utilisé pour la fécondité ou la pollinisation), affirme à IPS, Mohamed Ould Ahmed Banane, responsable du suivi et évaluation au Programme de développement durable des oasis (PDDO).

Selon Banane, il existe 19.779 exploitants du palmier dattier dans le pays, répartis entre cinq régions oasiennes : l’Adrar au nord, le Tagant au centre, l’Assaba et les deux Hodhs, au sud-est.

La production nationale des dattes est estimée par le PDDO à 60.000 tonnes par an, que le pays complète par l’importation annuelle de 1.000 tonnes d’Algérie et 500 tonnes de Tunisie.

Fortement affectées par la sécheresse, les oasis mauritaniennes souffrent de l’ensablement, de la rareté de l’eau et d’un déficit de fertilité des sols, consécutif à l’absence des apports alluvionnaires, explique Banane.

Pour préserver les oasis et stopper l’exode rural qui les frappe, l’Etat a créé en 2002 le PDDO, sur un financement du Fonds international de développement agricole (FIDA) estimé à 37,281 millions de dollars, indique Alioun Demba, responsable de la coopération internationale au ministère du Développement rural.

« Le programme a misé sur l’organisation des citoyens oasiens afin de favoriser l’éclosion d’une société civile capable de se prendre en charge à travers les Associations de gestion participative des oasis (AGPO) et les mutuelles d’investissement », indique Banane à IPS.

Les projets des AGPO sont financés par le PDDO et la contribution des paysans qui élisent les bureaux de ces associations, définissent leurs priorités et bénéficient de leurs propres recettes. Certaines AGPO ont déjà reçu du PDDO un appui financier variant entre 46.000 dollars et 92.000 dollars pour leurs projets.

Le PDDO a créé des champs écoles avec un écartement de 10 mètres sur 10 et une plantation intercalaire d’arbres fruitiers et de légumes entre les palmiers. « Cela permet une bonne conservation, une irrigation rationnelle et une diversification des sources du paysan avec trois étages qui protègent le sol contre l’érosion », souligne Banane. L’irrigation profite à la fois aux palmiers, aux arbres fruitiers et aux légumes.

Dans la région de l’Adrar - pivot de la culture du palmier dattier avec 47 pour cent du potentiel national de palmiers -, les paysans, attachés aux méthodes culturales traditionnelles, sont réticents à l’application des techniques modernes, affirme Cheikh Ould Moustapaha, coordinateur régional du PDDO.

Les techniques culturales du palmier dattier portent sur une plantation espacée, la pollinisation, l’irrigation avec le système goutte-à-goutte ou à vannette et l’usage des engrais organiques. Et dans l’Adrar, des paysans plus nantis utilisent ces deux systèmes d’irrigation qui drainent de l’eau grâce aux motos-pompes fonctionnant avec l’énergie solaire.

Le PDDO a créé des champs modèles pour démontrer aux paysans réticents que leurs pratiques traditionnelles ne sont pas rentables, explique-t-il, reconnaissant toutefois que la reconversion des mentalités demande du temps.

Environ 60 pour cent de la production des dattes sont consommés pendant la période de la Guetna (saison de la cueillette des dattes, en arabe), en général entre, juin et août. Le reste de la production est séché et consommé durant le reste de l’année.

Au plan nutritionnel, les dattes sont riches en micronutriments comme le fer et le calcium et constituent une excellente source d’énergie, déclare Mohamed Baro, un nutritionniste.

Hademine Ould Saleck, l’imam de la grande mosquée de Nouakchott, la capitale mauritanienne, affirme qu’il existe une baraka (valeur divine en arabe) dans la datte, expliquant qu’elle est souvent le premier produit consommé lors de la rupture du jeûne du Ramadan, notamment dans les pays producteurs.

Concernant la commercialisation, le PDDO a aidé à la constitution d’un groupement d’intérêt économique dans l’Adrar pour planifier et rentabiliser l’opération d’acheminement du produit vers Nouakchott, indique Moustapha à IPS.

« En Adrar, la production de dattes a été sensiblement réduite cette année à cause des aléas climatiques, comme la rareté des pluies, la poussière et le vent, qui ont pesé sur la moisson », déclare Sid’Ahmed Ould Hmoymed, le maire d’Atar, chef-lieu de la région d’Adrar.

Mohamed Ould Haj, un paysan expérimenté, résume la situation dans la région : « Cette année, nous n’avons rien du tout, pas de dattes, pas de blé, pas d’orge, pas de légumes et pas de pastèque à cause de la sécheresse ».

Le coordinateur régional du PDDO en Adrar a affirmé à IPS que le revenu annuel global de ce paysan varie entre 2.500 et 3.000 dollars, malgré les difficultés.

Outre la sécheresse, les zones oasiennes, notamment dans l’Adrar, souffrent du gel de l’activité touristique, après l’assassinat, en 2007, de six touristes français en Mauritanie, par El Qaeda au Maghreb islamique.

Malgré ces difficultés, les populations des oasis se battent toujours pour dominer la nature et défier la sécheresse. Le palmier dattier et la chamelle – les deux piliers de leur économie – qui sont bien adaptés au climat saharo-sahélien, restent encore de sérieux atouts, souligne Moustapha.

IPS


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