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Mauritanie - Mohamed Ould Abdel Aziz : « Pour un accord contraignant à ne pas dépasser les 2 °C à la fin du siècle »

jeudi 3 décembre 2015 à 04:50

Arrivé au pouvoir le 6 août 2008 par un coup d’État, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, 58 ans, démissionnait de l’armée quelques mois plus tard pour se faire élire, le 18 juillet 2009, à la tête de la Mauritanie. Il a été réélu le 21 juin 2014 pour un second mandat. Son objectif numéro un : redonner la sécurité à un pays qui a souffert du terrorisme jusqu’en 2011. Au lendemain du 55e anniversaire de son indépendance (le 28 novembre), il s’est confié au Point.

Le Point : Qu’attendez-vous de la COP21 ?

Mohamed Ould Abdel Aziz : Le rendez-vous de Paris est important pour l’Afrique qui subit plus que les autres continents les effets du réchauffement climatique. Nous voulons donc mettre en œuvre un accord contraignant pour ne pas dépasser les deux degrés à la fin du siècle. C’est la responsabilité de chacun et l’histoire le retiendra. Les chefs d’État africains ont pris conscience de la menace.

Certains d’entre eux estiment que c’est principalement aux pays développés de faire des efforts.

Il est difficile pour les pays développés principaux émetteurs de gaz à effet de serre comme pour les pays producteurs d’énergies fossiles de changer rapidement leur économie. Il faut les comprendre. La Mauritanie n’émet que peu de gaz à effet de serre et ne dispose pas d’énergies fossiles. Cependant, nous avons été parmi les cinq premiers pays africains à déposer notre contribution pour la COP21. Nous parions sur les énergies renouvelables. En 2015, 30 % de notre électricité vient du solaire et de l’éolien. Ce montant va atteindre 45 % en 2017.

Quand avez-vous commencé à parier sur le solaire ?

Les premières études datent de 2012. En 2009, la Mauritanie était déficitaire en énergie. Aujourd’hui, nous vendons de l’électricité au Sénégal.

Depuis que vous êtes au pouvoir, votre grande préoccupation a été la sécurité. La Mauritanie a aussi connu de 2005 à 2011 des attentats djihadistes, des enlèvements d’Européens, dont l’un a été tué. Cette période noire semble révolue. Est-ce définitif et comment avez-vous fait ?

On ne peut jamais dire qu’on a réglé les problèmes de sécurité à 100 %, ce fut difficile, car le territoire est immense. On ne peut pas installer des unités partout. Nous avons eu deux approches simultanées. La première, sécuritaire, en réorganisant nos forces armées. Nous les avons adaptées à la menace terroriste qui n’a rien d’une guerre classique. Nous avons créé des unités rapides d’intervention, augmenté les moyens du renseignement et contrôlé les entrées et les sorties du pays. Les terroristes venaient du Mali, nous attaquaient et y retournaient. Nous avons créé une zone tampon entre les deux pays, au nord de la Mauritanie, pour leur couper cette voie d’accès puis nous avons opéré quelques incursions en territoire malien. On a ainsi récupéré les terroristes qui avaient kidnappé les Espagnols. Après, cela s’est arrêté.

La France vous a-t-elle aidé dans cette période ?

La France nous aide dans le domaine de la formation. Des conseillers militaires français forment des officiers à Attar. Il n’y a pas d’autres soldats français en Mauritanie. Les États-Unis organisent aussi des sessions périodiques de formation. En outre, nos échanges de renseignements avec la France sont importants.

Et votre seconde approche ?

C’est une approche intellectuelle, peut-on dire. Des terroristes ont été condamnés et emprisonnés. Nous avons choisi de « déradicaliser » ceux qui n’avaient pas de sang sur les mains. Nous les avons fait discuter avec des gens de religion, des oulémas. Trente-six d’entre eux ont été relâchés et seuls deux sont repartis dans les rangs d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique installé au nord du Mali). Les autres ont été réinsérés dans la vie active, nous les avons aidés à monter de petits projets. Cela a été positif.

Combien y a-t-il de Mauritaniens en Syrie ?

Pas un seul. Mais des Mauritaniens ont rejoint Aqmi. Ils sont moins de dix, en supposant qu’ils sont toujours en vie.

Quelle a été votre réaction après les attentats de Paris ?

Il est difficile pour un pays de se retrouver du jour au lendemain dans une situation d’insécurité totale. C’est même assez surprenant. Mais il fallait s’y attendre. L’Europe doit faire attention, car souvent les États européens font inconsciemment l’apologie du terrorisme. Ils en parlent trop. La France en a trop parlé. On fait trop de publicité aux terroristes et on fait leur jeu. Beaucoup de ces gens agissent seulement parce qu’ils en ont vu d’autres agir à la télévision.

La Mauritanie a suscité la création d’un G5 du Sahel avec le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad. Le deuxième sommet du G5 a eu lieu la semaine passée à N’Djaména. Certains estiment que ce club ne sert à rien ?

Il est vital pour tous, car nous vivons les mêmes situations : le terrorisme, la sécheresse, les trafics en tous genres (drogue, personnes, cigarettes…). Nous nous comprenons parfaitement. Il s’agit d’unir nos efforts pour lutter contre le terrorisme. Si nous mutualisons nos projets pour lutter ensemble contre les trafics de drogue qui financent le terrorisme, nous aurons des résultats.

Le G5 peut-il agir efficacement en ignorant les grands pays de la région, le Maroc, l’Algérie, le Sénégal ?

Le Maghreb n’a rien à voir avec nous. Qu’a-t-on fait avec le Maghreb ? Et qu’est-ce que les pays du Maghreb ont fait entre eux ? Nous n’avons pas les mêmes problèmes. Laissons le G5 croître seul. Nous avons énormément de ressources pour sortir de la pauvreté. Après avoir avancé à notre échelle, si le G5 marche, nous pourrons demander à l’une ou l’autre capitale de nous rejoindre. Mais ces pays qui nous entourent sont déjà dans leur propre club. Ils ne nous ont jamais approchés pour nous rejoindre.

Quel est le plus dangereux pour le Sahel, la situation en Libye ou au Nigeria ?

Les deux sont dangereux, mais la situation libyenne l’est peut-être davantage. Le pays n’a plus d’État ni institution et n’a jamais eu une véritable armée ou un parti. C’est le refuge des terroristes. Ils viennent faire leur coup au Sahel et repartent en Libye. La Mauritanie n’en souffre pas directement, nous n’avons ni base terroriste ni incursion, nous avons maîtrisé la situation. Mais notre économie et notre tourisme souffrent de la situation, car nous sommes très liés à notre voisin malien.

Source : Le Point (France)


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