Mauritanie – Racisme et esclavage : un délit qui passe mal

Mauritanie – Racisme et esclavage : un délit qui passe mal

dimanche 9 août 2015 à 19:40

Par Abdul Yazid

Il y a quelques jours, des organisations de soutien aux militants des droits de l’homme en Mauritanie ont organisé à Paris des manifestations. En l’occurrence des marche et sit-in devant l’ambassade de la République islamique de Mauritanie en France. Et cela pour exiger la libération des détenus d’opinion qui croupissent en prison.

Plusieurs organisations de soutien aux militants des droits de l’homme ont organisé récemment à Paris, diverses manifestations pour rappeler aux Français et à l’ensemble des citoyens libres du monde que l’esclavage n’est pas loin derrière dans les souvenirs ou que le racisme n’est pas seulement hors du continent africain ou aux Etats-Unis.

A l’origine de ces différentes mobilisations, il y a le sort de nombreux militants de la société civile et autres acteurs politiques mauritaniens engagés dans la lutte contre le racisme et l’esclavage. Au nombre des trois protagonistes, il y a notamment le très célèbre Biram Dah Abeïd, président de l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA) en Mauritanie, lauréat du Prix des droits de l’homme des Nations unies 2013, Brahim Bilal vice-président du même mouvement, et Djiby Sow, président de Kawtal Ngam Yellitaare. Lesquels ont été mis aux arrêts le 11 novembre 2014. Au motif qu’ils ont organisé une caravane contre les expropriations et l’esclavage fonciers dans plusieurs localités du Sud mauritanien.

Biram Ould Dah Ould Abeid qui est réputé pour ses positions tranchées et tranchantes sur la question de l’esclavage en Mauritanie est un homme qui n’a jamais eu sa langue dans sa poche. Dans un entretien avec lui, à la question de notre confrère Jeune Afrique : Un Noir a-t-il les mêmes droits qu’un Maure aujourd’hui en Mauritanie ?, la réponse du bouillonnant leader politique et militant anti-esclavagiste était sans équivoque : « Tout le monde sait très bien que non. Les Maures sont largement minoritaires, mais ils s’accaparent tous les leviers du pouvoir : politiques, économiques et administratifs. Ils représentent 90 % des membres du gouvernement, 100 % des hommes affaires, 95 % des officiers supérieurs… La discrimination est en contradiction avec les lois en vigueur, mais celles-ci sont faites seulement pour tromper les Occidentaux, qui se satisfont des apparences. La loi qui criminalise l’esclavage n’a jamais été appliquée : les Haratines, qui représentent 20 % ( NDLR : 40% environ actuellement selon d’autres sources) de la population, sont toujours des esclaves par ascendance et, à ce titre, considérés comme la propriété des Arabo-Berbères. Ce sont des objets. Ils n’ont pas droit à l’éducation, à la propriété, à l’état civil… »

Les Mauritaniens épris de justice et des droits de l’homme se souviendront du 15 janvier 2015 à Rosso. Dans ce qu’il est convenu d’appeler un simulacre de procès, Biram Dah Abeïd, Brahim Bilal et Djiby Sow (NDLR : en liberté provisoire pour raison de santé) ont été jugés de manière expéditive et condamnés dans un premier temps à deux ans de prison. Et au mépris de toute procédure juridique et du droit à l’appel, les condamnés qui purgent leurs peines dans une prison d’Aleg considérée pour beaucoup comme la « Sibérie de la Mauritanie », se sont entendus dire que la Cour suprême de Nouakchott se dessaisissait de leur requête en appel au profit de celle d’Aleg. Comme pour leur opposer une fin de non recevoir et les contraindre à rester à Aleg, loin de la capitale et de tout contact susceptible de sensibiliser l’opinion publique à d’actions éventuelles.

En fait, tout est orchestré par le gouvernement mauritanien pour décourager par tous les moyens tous les militants des droits de l’homme engagés dans la lutte contre le racisme et l’esclavage. Et il en est de même des avocats qui les défendent. Mais c’est sans compter avec la détermination de Biram Dah Abeid, prêt à n’importe quel sacrifice pour changer l’image de son pays qu’il considère comme « le dernier Etat négrier de la planète ». Et il ne s’en cache pas quant à sa stratégie : « Plus il y aura de répression, plus cela augmentera les pressions internationales sur la Mauritanie. Nous voulons pousser le monde à appliquer un rouleau compresseur sur le dernier État négrier de la planète ». Il est manifestement un grand paradoxe en Mauritanie : tandis que l’esclavage est officiellement abolie en 1981 et que les contrevenants encourent depuis 2007 une peine de prison allant jusqu’à dix ans, l’esclavage traditionnel et celui des temps modernes continue comme si de rien n’était. Le laxisme dans l’application de la loi aidant. Et l’on se demande ce que l’ONU, l’Union africaine (UA) et autres pays dits champions en matière de respect et de veille quant aux droits de l’homme font au regard de ce qui se passe en Mauritanie.

Par Abdul Yazid

Lu sur Courrier des Afriques


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