Mauritanie : Référendum constitutionnel controversé

Mauritanie : Référendum constitutionnel controversé

dimanche 30 juillet 2017 à 08:55

Le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, a lancé samedi dernier la cam­pagne pour le référendum constitutionnel du 5 août. Le pouvoir ainsi que l’opposition modérée appellent les quelque 1,4 million de Mauritaniens à voter oui le 5 août. Ce n’est pas le cas de l’op­position radicale, qui a décidé de boycotter le référendum. Un scrutin également rejeté par les constitutionnalistes. Plusieurs milliers de Mauritaniens ont d’ailleurs manifesté cette semaine pour protester contre sa tenue.

La révision constitutionnelle a été décidée par le président, elle prévoit notamment la suppression du Sénat et le changement du drapeau national. Outre la suppression du Sénat, qui serait remplacé par des conseils régionaux élus, le projet prévoit celle de la Haute Cour de justice, du médiateur de la République et du Haut Conseil islamique. La réforme a été adoptée le 9 mars par les dépu­tés, mais rejetée neuf jours plus tard par les sénateurs, pourtant majoritairement favo­rables au pouvoir.

Malgré cela, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a décidé de passer outre le rejet du projet par la voie parlementaire en le soumet­tant à un référendum. Ce qui a provoqué la controverse, l’opposition et plusieurs consti­tutionnalistes contestant la légalité de cette procédure. Déjà, le chef de l’Etat s’est engagé à plusieurs reprises à ne pas tenter de modifier la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels, assurant qu’une Constitution ne peut être changée pour des intérêts person­nels, sans parvenir à faire taire les soupçons de l’opposition à ce sujet.

Insistant sur leur position, huit composantes de l’opposition mauritanienne ont signé une déclaration portant sur la création d’une nou­velle coalition pour un « boycottage actif de ce référendum sans objet et dont les desseins cachés sont évidents », selon un communiqué de cette coalition. Parmi les signataires figu­rent plusieurs des formations de l’opposition radicale rassemblées au sein du Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU), ainsi que l’ONG anti-esclavagiste Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste. Selon leur communiqué, elles proclament « leur volonté inébranlable de s’opposer fermement au référendum que le pouvoir s’entête à vouloir organiser en viola­tion de la Constitution et en dehors de tout consensus », a lancé le chef du parti islamiste Tewassoul, Jemil Ould Mansour, au cours d’une conférence de presse. La nouvelle coali­tion a appelé tous les Mauritaniens à « s’asso­cier activement à la campagne de boycottage de cette mascarade qui vise à perpétuer le régime de la gabegie, de l’injustice et de l’ex­clusion ». Le chef du parti Tewassoul a vive­ment condamné des appels pour un troisième mandat lancés par le premier ministre, Yahya Ould Hademine, et le chef du parti au pouvoir.

Faisant la sourde oreille, Ould Abdel Aziz, qui a appelé à un « oui massif », a promis de se rendre dans toutes les capitales régionales pour « répondre à tous ces mensonges et mystifica­tions développés sur la place publique » par les opposants au projet. Il a insisté sur la dispo­sition supprimant le Sénat « qui a fait tant de mal au peuple mauritanien », manifestant ainsi son irritation envers les sénateurs, qui ont blo­qué l’adoption au parlement de la nouvelle Constitution, et bloqué depuis plusieurs mois le vote des lois, dont le budget de l’Etat. L’opposition, qui continue meetings et mani­festations dans tout le pays pour le boycottage du scrutin, ne pourra pas pour cette raison bénéficier du temps d’antenne accordé aux parties prenantes .

Source : al Ahram (Egypte)


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