Quelles solutions pour le système éducatif mauritanien ?

Quelles solutions pour le système éducatif mauritanien ?

lundi 8 février 2016 à 15:58

Mauritanie Perspectives (MP), think tank indépendant et apolitique à but non lucratif, ambitionne de contribuer au renforcement de l’Etat de droit, à la bonne gouvernance et à la promotion du développement inclusif en Mauritanie. MP s’investit depuis sa création dans la recherche de solutions aux grands problèmes nationaux.
L’éducation suscite un grand intérêt pour ce think tank. A tel point qu’il s’apprête à produire un rapport exhaustif sur le système éducatif. C’est dans ce cadre qu’il a organisé, ce 06 février à l’hôtel Iman de Nouakchott, une journée de réflexion avec pour objet de produire des éléments d’analyse et des recommandations pour améliorer le système éducatif national.
Au cours de cette journée, de hauts responsables du secteur de l’éducation et des dizaines d’experts ont tenté de répondre aux questions suivantes :

– Quelles sont les leçons apprises des différentes réformes du système éducatif ?
– Quel est le rôle et la place du citoyen dans le suivi des politiques de l’éducation ?
– Et enfin, quelles sont les propositions pour l’amélioration du système éducatif ?

Dans son mot d’ouverture, M. Mohameden Ould Bah, président de MP, a indiqué que le but de cette journée était de mettre en exergue les solutions qui seraient de nature à booster notre système éducatif afin de contribuer au développement du pays.
Pour sa part, M. Mohamed Yahya Ould El Eyel, autre responsable de MP, a affirmé que son think tank, avec l’aide des experts (société civile, presse, etc) et des associations de parents d’élèves, était sur le point de publier un rapport sur l’éducation en Mauritanie.

Dans le premier panel consacré aux solutions préconisées et présidé par Mme Tourkia Dadah, celle-ci a mis au pilori les mauvaises habitudes des décideurs de l’éducation, le plus souvent obnubilés par les histoires de budget.
Elle a souligné que ce ne sont pas les compétences qui manquent : c’est un déficit de patriotisme qui est en cause.
A son tour, Mme Moutha, conseillère du Premier ministre, a affirmé que les différentes réformes engagées en Mauritanie ont toutes buté sur la question de la langue. Une analyse partagée par le professeur El Ghassem Ould Ahmedou de l’ENS, qui a quant à lui parlé de « syndrome de la langue ».
Selon M. Ghassem, la Mauritanie compte 3,7 millions d’habitants dont 45% de jeunes de moins de 15 ans, d’où l’importance de relever le défi de l’éducation.
Quant à M. Konaté Cheikh, coordinateur du programme PAZEP, il a insisté sur la nécessité de corriger les disparités et d’instaurer une discrimination positive afin d’élargir l’accès à l’éducation.
Pour Ould El Bou, chargé de mission au ministère de l’éducation, le secret de l’échec des différentes réformes entreprises réside dans le fait que le cycle pédagogique n’a pas été respecté et qu’il n’y a jamais eu d’évaluation pour ces différentes réformes.
Mme Tall Oumoulkheiri, de l’association des parents d’élèves du « Petit Centre », a soutenu que les parents ont le droit de choisir là où leurs enfants vont à l’école. Selon elle, il faut encourager les enfants mauritaniens à parler au moins deux langues.
Pour Bette Mint Cheikh, planificatrice au ministère de l’Education, toutes les études de diagnostic et d’évaluation ont montré que la qualité des cours est en baisse.
Quant à Mme Aichetou, professeur à l’université de Nouakchott, elle a noté que le problème linguistique se pose avec acuité et qu’il a failli déboucher sur une guerre civile.
Pour Mohamed El Béchir Ould Mohamed Salah, responsable suivi-évaluation au Projet Education, le vrai problème par rapport à la politique éducative en Mauritanie, c’est celui de la continuité.
M. Amadou Oumar Dia, inspecteur à la retraite, a affirmé qu’on ne doit pas avoir peur des langues, qui ne sont que des outils. Pour M. Dia, le secteur de l’éducation en Mauritanie est pris en otage par certains groupes.

A l’occasion du second panel, qui traitait du rôle du citoyen dans l’éducation, le représentant de l’association des parents d’élèves a fait le point sur l’historique de son association, dont la création sous l’égide de l’Etat a été dictée par la Banque Mondiale.
M. Bocar de l’association « Pairs Éducateurs » a souligné le manque d’encadrement des APE, pas toujours bien dirigées.
M. Sarr, président d’ONG, a quant à lui déploré l’abandon de l’environnement de l’école. Pour lui, on peut faire beaucoup de choses sans attendre l’intervention de l’Etat.
Pour Ahmed Chabarno, gérant d’une école privée à Nouakchott, on doit porter plus d’attention à nos élèves, de plus en plus influencés par des modèles extérieurs. Il préconise pour ce faire de réintroduire la morale dans les programmes et d’imposer un service militaire pour les élèves de 6ème année du fondamental et de Terminale.
Le professeur Allal résume les maux du système éducatif dans des formules chocs et révélatrices : « centraliser les moyens et décentraliser les problèmes », ou encore : « en Mauritanie, on ne doit pas parler de réforme mais de déforme. »

En résumé, M. Amadou Sall de MP invite au consensus. Pour lui, il convient qu’on sache quelle école nous voulons. Il conviendrait aussi pour M. Sall d’instaurer le principe de redevabilité et d’interpellation afin de pouvoir demander des comptes aux responsables de l’éducation.

Bakari Guèye
http://bakary.mondoblog.org/


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