Terrorisme : des réponses adaptées existent, l'exemple de la Mauritanie le (...)

Terrorisme : des réponses adaptées existent, l’exemple de la Mauritanie le prouve

mercredi 30 décembre 2015 à 14:38

Il existe aujourd’hui plusieurs stratégies pour combattre le terrorisme djihadiste dans le monde. La méthode occidentale – pour les pays qui ont décidé de prendre part à ce combat – semble se limiter à des bombardements sporadiques et à l’arrestation erratique d’individus radicalisés. D’autres pays ont mis en place des politiques volontaristes et adaptées à leur géographie, en s’entendant avec leurs voisins, malgré des situations géostratégiques tendues, afin d’étouffer en priorité les risques d’attaque terroristes pour leur population. C’est par exemple le cas de la Mauritanie, qui a réussi ces dernières années à faire totalement disparaitre la menace fondamentaliste, bien qu’elle se trouve sur l’axe de non droit du Sahel, sorte d’autoroute du terrorisme qui relie la mer Rouge à l’océan Atlantique, en passant notamment par l’Algérie, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Tchad et le Soudan. La réussite de la Mauritanie est à mettre sur le compte d’une réappropriation de son territoire par un renforcement militaire, un contrôle plus étroit de ses frontières, une entente régionale efficace, une fermeté idéologique avec les extrémistes et un système de déradicalisation solide. Un exemple pour la France ? Et pourquoi pas.

Dès le lendemain des attaques de Paris, une intervention sur le plateau de France 2 de Marc Trévidic, ancien juge d’instruction aux affaires terroristes en France, jetait un pavé dans la marre : « Je pense que si l’émir de l’État islamique en Syrie demandait à main levée qui veut faire un attentat en France, 200 bras se lèveraient, cela ne m’étonne pas du tout qu’ils en trouvent huit ! Regardez les attentats qu’ils arrivent à faire : ils ont une capacité de projection qui est importante, et c’est logique puisque durant trois ans on les a laissés devenir hyperpuissants. On n’a rien fait, et au bout de trois ans on a laissé grossir un monstre. Et une fois qu’un groupe terroriste est fort, il s’exporte. »

Cette analyse n’a été contredite ni par ses confrères, ni par son successeur à ce poste. Parce qu’il instruit des dossiers brûlants dans un sens qui n’est pas forcément favorable au gouvernement, Marc Trévédic a une réputation sulfureuse. Peut-être aurait-il fallu voir au travers des clivages idéologiques stériles et davantage l’écouter ? Pour Marc Trévidic, c’est aussi sur l’inaction que l’État islamique et ses idées ont pu prospérer : « Il faut vraiment voir ce problème sur dix ans. Après le premier conflit en Irak, on a vu croître la propagande djihadiste, et la radicalisation monter en flèche. On commence à traiter les causes maintenant, parce que cela a explosé. Mais pendant dix ans, on n’a rien fait. On ne faisait rien en maison d’arrêt, on ne faisait rien dehors, ou pour empêcher les sites internet d’arriver dans tous les foyers, pour qu’un gamin de 12 ans puisse regarder des vidéos djihadistes. »

La faillite française en matière de sécurité et de renseignement est incontestable. Des voix se sont élevées dans l’opposition pour apporter un bémol à l’unité nationale, comme celle de la députée des Républicains Nadine Morano : « Si je soutiens les mesures exceptionnelles d’état d’urgence qui viennent d’être prises, je demande des comptes au gouvernement de la France. Le laxisme de la justice, l’incapacité d’assurer la sécurité, l’absence de la France sur la scène internationale à décider de mesures fortes démontrent une véritable impuissance des autorités françaises. » Elle n’est pas la seule à faire part de sa colère devant la gravité de la situation. Alors que faire ? La France est pourtant un grand pays, qui dispose d’une force militaire d’exception, d’une grande expertise historique dans le renseignement – dans un monde où les nouvelles technologies rendent la surveillance d’individus plus facile. Il n’y pas de raison que l’Hexagone subisse, impuissant, des attaques meurtrières répétées de la sorte.

Aussi serait-il avisé d’étudier les cas de pays où la stratégie de lutte contre le terrorisme a porté ses fruits. La poussée en 2014 des groupes Daech et d’Al Qaeda a fait augmenter le nombre d’attentats terroristes en Afrique du Nord et au Sahel de 25% par rapport à 2013. Pourtant, le meilleur exemple en l’espèce est la Mauritanie, pays désertique de plus d’un million de kilomètres carrés, ancienne terre d’accueil d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), qui n’a plus connu d’acte terroriste depuis 2011. La politique ferme du président, arrivé au pouvoir en 2009, a su retourner la situation en un temps record. « La sécurité est la priorité des priorités, pour la simple raison que c’est par la sécurité que tout passe », confiait le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz à TV5 Monde fin novembre. « Nous avons mis en place un système biométrique qui nous permet de contrôler toutes les entrées et les sorties de notre territoire, et nous avons adapté nos unités militaires. » Simple, mais redoutablement efficace.

Concernant la stratégie de bombardement menée par la coalition contre Daesh, Abdel Aziz reste prudent : « Chaque dirigeant sa vision des choses. (…) Nous n’avons pas les moyens d’aller frapper ailleurs » ; avant de continuer : « A l’époque où l’on a connu cette insécurité, on avait un terrorisme naissant ambiant et localisé. Il fallait s’y prendre à temps, donc. » Il parle également de la déradicalisation menée dans le pays pour « ceux qui n’avaient pas de sang sur les mains. » « Nous les avons fait discuter avec des gens de religion, des oulémas. » Seuls deux des personnes relâchées au terme de cette prise en charge sont retournés faire le djihad. Les outils de cette réussite sont assez simples. Ils demandent néanmoins un véritable effort d’autorité et de fermeté, alors qu’aujourd’hui l’impression est donnée que la communication politique a pris le pas sur l’action. La sanction du premier tour des régionales a, à ce titre, fait apparaitre un ras le bol citoyen face à une incompétence d’Etat flagrante. Notre gouvernement en tirera-t-il les leçons ? Rien n’est moins sûr, tant il lui en couterait sur le plan de l’ego de s’inspirer d’un pays africain. D’où cette question : préférer ménager un orgueil (mal placé) à la sécurité de ses concitoyens n’est-il pas un scandale ?

Source : 24heuresactu.com


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