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Défiant les islamistes, les Mauritaniens célèbrent le Nouvel An

jeudi 2 janvier 2014


Les Mauritaniens ont célébré mardi dans la nuit le passage à la nouvelle année en dépit de la pression des islamistes radicaux qui demandaient aux autorités d’interdire ces célébrations.

Un groupe se faisant appeler "Ansar Tatbeek al-Sharia al Islamia", ou "Partisans de l’application de la sharia islamique", avait pourtant menacé de s’en prendre à quiconque célébrerait le Nouvel An en Mauritanie.

"Nous condamnons et dénonçons ces soi-disantes célébrations du Nouvel An parce qu’elles sont contraires au Livre saint et à la Sounna, et au vu de ce qu’elles entraînent en termes de mauvaises mœurs et de mal", avaient déclaré ces extrémistes dans un communiqué daté du 26 décembre.

Celui-ci appelait le gouvernement mauritanien à empêcher ces rassemblements et ces célébrations, que les extrémistes considèrent comme honteux et dégradants.

Dans un entretien accordé à Magharebia avant ces fêtes, Yahdhih Ould Dahi, secrétaire général d’Ansar Tatbeek al-Sharia al-Islamia en Mauritanie, avait expliqué que son groupe envisageait d’organiser différentes actions pour dissuader les gens de marquer cette occasion.

"Nous les perturberons également par des discours et des sermons diffusés par haut-parleur, pour les empêcher de faire la fête", avait-il annoncé.

Parlant de son groupe, Ould Dahi avait expliqué qu’il était composé de "jeunes diplômés sans emploi des universités saoudiennes" et que leur mission consistait à "lutter contre le vice et faire appliquer la sharia".

Les menaces proférées par ce groupe d’entraver la liberté d’expression et de s’ingérer dans la vie privée des citoyens ont incité certains jeunes à lancer une contre-offensive.

Un communiqué publié par la campagne visant à collecter des signatures contre cette action militante et dirigée par des activistes, des intellectuels, des personnels des médias et des écrivains, a souligné que "le rôle autoritaire joué par ces groupes en secret et dans la sphère publique constitue un risque pour l’Etat civil et menace son existence en tant qu’entité sociale civile fondée sur la loi."

"La mise sous tutelle imposée par ces groupes au moyen de l’excommunication et d’accusations de trahison, du terrorisme verbal et des violences physiques, menacent de transformer l’Etat national en une entité en perdition, du type de ces expériences éloignées et voisines qui se sont avérées être des échecs et des aventures risquées", a ajouté ce communiqué.

"Ils cherchent à faire de ce pays un émirat takfiriste fondé sur l’inquisition, à y semer le chaos, y détruire les cultures et le bétail, et humilier la dignité humaine et tout sens de l’humanisme", ont mis en garde ces militants.

Ces activistes modérés mettent également en garde contre le fait que les radicaux ont menacé de "détruire la véritable identité de ce pays, basée sur une compréhension tolérante de l’Islam".

Leur communiqué conclut en affirmant que "la gravité de cette campagne réside dans une mentalité de restriction, la mise sous tutelle de la pensée et des comportements des personnes et des adultes, et une tentative de les façonner selon un autre moule. C’est une affaire qui menace notre identité linguistique, notre culture et notre diversité intellectuelle, qui sont les caractéristiques de cette société."

Pour leur part, les Mauritaniens se sont montrés très critiques envers ces tentatives des islamistes d’entraver la liberté d’expression.

"Ce qui est nouveau dans cet appel, c’est qu’il ne fait aucune différence entre les cibles", a expliqué Ahmedou Ashrif, une personnalité des médias. "Ce groupe avait pour habitude de s’en prendre aux Occidentaux, mais cette fois, il semble avoir passé un cap en termes d’objectifs et envisage de faire revenir la société mauritanienne à ce qu’il considère comme la sharia, et au combat contre l’occidentalisation et la décadence, en s’appuyant sur le prétexte de ces célébrations."

Pour sa part, le directeur de théâtre Mohamed Salem Ould Khliyah estime que l’appel de ce groupe radical à harceler les gens faisant la fête est "une intervention immorale contraire aux valeurs de tolérance, et une violation flagrante des droits des personnes célébrant Noël en Mauritanie".

"Nous devons accorder aux autres le droit de célébrer sans leur porter atteinte ni utiliser la force contre eux", a-t-il expliqué à Magharebia.

Source : Magharebia