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Elections : Pas de « printemps » électoral en Mauritanie

dimanche 8 décembre 2013


Eywa, guelna halkoum. C’est par cette phrase donnant à peu près ceci, en français de France, « voilà, nous vous l’avons dit », que la Coordination de l’opposition démocratique (COD) annonce sa victoire. Celle du boycott des élections municipales et législatives du 23 novembre 2013. Quand pratiquement tous les partis politiques qui ont pris part à cette joute électorale commencent à pester contre la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Même le grand gagnant de ces élections, l’Union pour la République (UPR) qui récolte 52 sièges de députés dès ce premier , et quelque 98 communes sur les 218 que compte le pays. Pour le journal Biladi, rangé à tort ou à raison, dans la presse favorable à l’opposition, ce « résultat n’est pas particulièrement brillant pour une formation officielle qui dispose de l’Etat et même du bien des privés. » Et ce journal de révéler que l’UPR, parti au pouvoir en Mauritanie, « aurait en effet récolté deux milliards d’ouguiyas pour les besoins de la campagne auprès des hommes, ses adhérents « officiels » même s’ils n’adhèrent pas à son programme. Ils savent tous que celui qui ne passa pas verser sa part dans la caisse du parti n’est pas à l’abri d’un redressement fiscal ou d’une poursuite en justice. » Pourtant, par la voix de son secrétaire exécutif chargé des affaires politiques, l’UPR a déclaré avoir déposé des recours auprès de la Cour constitutionnelle ! Pour certaines mauvaises langues, c’est le voleur qui participe à l’enquête.

Mais ce qui fait la curiosité de ces élections se trouve ailleurs. Par exemple, la « guerre » entre les partis de la majorité, d’une part, et de l’opposition, d’autre part. L’UPR et son « second », le Sursaut de la jeunesse pour la Nation, ne se font pas de cadeaux. Leur opposition au deuxième tour, bien que favorable à la majorité avec la victoire de l’un ou l’autre, prend une tournure épique. Le renouvellement de la classe politique mis en avant par le Sursaut (le parti des jeunes) est vu par l’UPR comme une sorte de « pousse-toi d’là que j’m’y mette ». La tension est telle que le Sursaut est entrée dans une coalition contre nature avec des partis de l’opposition dans un département de l’est du pays où deux sièges de députés sont encore en jeu. Dans un autre département du centre du pays, deux frères élus députés, se livrent à une bataille sans merci au deuxième tour avec la particularité qu’ils ont interverti les rôles : celui élu sur la liste nationale d’un parti de l’opposition soutient les candidats du parti au pouvoir à Maghta-Lahjar, alors que son frère, président d’Al Vadhila, formation de la majorité, apporte son soutien aux candidats de Tawassoul, la formation islamiste rangée dans le camp de l’opposition et qui se place deuxième derrière le parti au pouvoir !

Les partis d’opposition ont, eux aussi, leur lot de problèmes. Il a suffit que Tawassoul, arrivé deuxième avec 12 députés et présent au deuxième tour dans 6 des 9 communes de Nouakchott face au parti au pouvoir déclare que la présidence de l’opposition démocratique lui est pratiquement acquise pour qu’Al Wiam, troisième avec 8 députés, réplique en disant que rien n’est encore joué. Il est vrai que le statut de chef de file de l’opposition démocratique est d’un certain prestige mais il a surtout été créé par le pouvoir pour exacerber les tensions entre les grandes formations de l’opposition qui, sans grand espoir de « dégager » le président Aziz par un « printemps électoral », comme les voisins sénégalais l’ont fait pour Wade, rivalisent pour occuper la seconde place du podium.

Enfin, je ne puis finir ce billet sans un mot sur les « partis cartables ». Ces formations qui n’existent que de nom et qui auront joué et perdu. De la manière la plus lamentable. Sans aucun siège de « dépité » et, pire, sans conseillers alors qu’il y en a plus de 2000 sur l’ensemble du territoire national ! On les accuse aussi d’avoir provoquer le tohu-bohu vécu lors de ces élections. Les dysfonctionnements qui ont caractérisé ces élections, en particulier le grand retard dans la proclamation des résultats (10 jours), sont dus à l’intrusion de ces partis fantômes dans une compétition où leur rôle étaient connu d’avance : faire de la figuration. Permettre au pouvoir de dire que si dix partis ont boycotté les élections, soixante autres ont participé.

Source : http://medseib.mondoblog.org