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« L’Afrique du Sud, c’était beaucoup plus difficile que la Mauritanie »

lundi 12 décembre 2011


Par Mame Seydou DIOP — Walfadjri

‘Concernant la Mauritanie, il faut reconnaître quand même qu’il y a des progrès que je dirais même exceptionnels en matière de droits humains, pour quelqu’un qui a vécu ici les années de plomb’, a déclaré le président de la Raddho, Alioune Tine.Il s’exprimait lors du colloque sur ‘la justice transitionnelle et réconciliation nationale’, organisé par le Forum des organisations nationales de droits de l’homme (Fonadh), les 06 et 7 décembre 2011 à Nouakchott.

(Correspondant permanent à Nouakchott) - Dans un exposé intitulé : ‘Le contexte de la justice transitionnelle, justice en Mauritanie : les initiatives menées dans ce sens par le gouvernement mauritanien sont-elles conformes aux recommandations de la commission africaine pour la justice ?’, le président de la Raddho s’est offusqué, dans son intervention, du point faible de l’Afrique en matière de droits de l’homme.‘Notre point faible en Afrique, c’est que nous n’avons pas encore pris conscience et pas encore entrés dans ce qu’on appelle ‘la mondialisation de la lutte contre l’impunité’. Une mondialisation de la lutte contre l’impunité qui fait qu’aujourd’hui, étant en dehors marginalisés, nous sommes les premiers fournisseurs de coupables d’auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, à la Cour pénale internationale. Parce que l’actualité récente nous le rappelle (avec le transfèrement de Laurent Gbagbo à la Cpi)’, précise Alioune Tine.

Selon lui, si on ne parle pas de la Mauritanie, ‘c’est parce que dans les années 1982-1990, avant l’adoption du traité de Rome sur la Cour pénale internationale, avec Open society justice initiative (Osji), nous avons pu faire un travail de lobbying au Conseil de sécurité des Nations unies ; ce qui avait abouti à l’arrestation de Charles Taylor’ a rapporté le président de la Raddho. Il dira par la suite que des progrès exceptionnels en matière de droits humains ont été réalisés en Mauritanie : ‘Il faut reconnaître quand même qu’il y a des progrès que je dirais même exceptionnels en matière de droits humains, pour quelqu’un qui a vécu les années de plomb ici en Mauritanie’, avoue M. Tine. Qui ajoute : ‘Je me rappelle, nous avons invité Pr Cheikh Saad Bouh Kamara à Dakar, (je souligne au passage les pressions exercées à l’époque sur notre propre gouvernement au Sénégal), de nous faire un exposé sur l’esclavage.

Quand il a quitté son hôtel, les services de sécurité du Sénégal l’ont pris, extrait de son hôtel et mis dans le premier avion pour l’expulser et il était interdit de séjour au Sénégal. C’était Youssoufa Ndiaye qui était président de la Commission africaine des droits de l’Homme et président du Comité sénégalais des droits de l’Homme vers lequel je me suis adressé pour dire que c’était inadmissible. Et c’était sous Abdou Diouf, et ce n’était pas n’importe qui !’.

Alioune Tine dira dans son intervention que l’Afrique du Sud, c’était beaucoup plus difficile que la Mauritanie : ‘Ce n’est même pas comparable ! Comment ils ont fait pour réussir ? On peut le faire en Mauritanie. Donc, ce que nous demandons aux pouvoirs publics, c’est de l’audace, pas de demi-mesure.’

Parlant des recommandations du colloque, le président de la Raddho déclarera qu’’il faut quitter ici avec des recommandations concrètes, palpables qui ne soient pas des choses qu’on met dans les tiroirs’. ‘Je pense que, ajoute-t-il, les recommandations, qui doivent sortir ici, doivent permettre la création d’un mécanisme. C’est-à-dire un mécanisme qui est chargé de promouvoir les recommandations. Et dans ce mécanisme, il faut la société civile, les parlementaires, les forces de sécurité là-dedans et c’est exceptionnel’. Selon lui, c’est très bien que les forces de sécurité soient là et écoutent. Il faut aussi les juristes dans ce processus.

De l’avis de M. Tine, une fois qu’il y a toutes les recommandations, ce groupe sera chargé d’aller voir les pouvoirs publics, de discuter avec eux, de mener une campagne de sensibilisation pour que les recommandations soient appliquées. ‘Parce que, soutient notre interlocuteur, la commission vérité-réconciliation est indispensable pour la cohésion nationale et pour une réconciliation définitive afin de tourner définitivement cette page. Franchement, il faut qu’on soit concret’.

Mame Seydou DIOP — Walfadjri