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Le Bonnevalais Patrice Neveu devenu un héros national en Mauritanie

samedi 19 octobre 2013


Grâce au Bonnevalais, la Mauritanie s’est qualifiée pour sa 1 re compétition internationale. Et Neveu est devenu un héros au pays des hommes bleus. Imaginez un pays sans football. Si, ça existe, ou du moins ça eut existé avant qu’un certain Patrice Neveu sorte du néant le ballon rond mauritanien. Le Bonnevalais a réussi son pari. Loin d’être gagné à son arrivée en janvier 2012.
« Cela fait vingt mois que je suis ici (ndlr : il vit en permanence à Nouakchott, capitale de la Mauritanie) et je peux dire, en toute modestie, que ma mission a été accomplie par rapport aux deux objectifs : relancer le football qui était à plat et qualifier le pays pour une compétition internationale », résume Patrice Neveu, qui vient de retourner en Afrique après un court séjour à La Rochelle, son port d’attache en France. Quand l’ancien sélectionneur de la Guinée et de la République démocratique du Congo prend en charge la sélection mourabitoune début 2012, il n’a pas encore conscience de la tâche monumentale, et le mot est faible, qui l’attend. Il sait qu’il doit remettre sur pied une équipe nationale, tombée au 206 e rang mondial et qui a été suspendue de compétition continentale. Il doit recenser les joueurs évoluant en Afrique, en Europe, mais aussi localement.

Faire cohabiter football et religion

« Quand je suis arrivé, j’avais 90 % du monde sportif contre moi. J’étais un étranger et cela dérangeait ceux qui étaient en place et le fait de changer les mentalités était vu d’un mauvais ’il par les entraîneurs locaux. J’ai amené de la rigueur, de la discipline, mais aussi du respect, du plaisir et, surtout, il a fallu faire cohabiter le football et la religion, très fortement marquée dans ce pays musulman », explique le baroudeur du Continent noir.Le 20 juillet dernier, Patrice Neveu a vécu un moment « humainement exceptionnel » : qualifier pour la première fois le pays à une compétition internationale. La Coupe du Monde ? Non. La CAN ? Non. En fait, pour le CHAN, la Coupe d’Afrique des Nations réservée aux joueurs locaux. Exit ceux qui évoluent à l’étranger. « Ma mission première était l’équipe A. Et finalement, j’ai dérivé vers la sélection formée de joueurs du pays. »

L’objectif de Neveu n’est pas de qualifier les Mourabitounes pour le CHAN-2014 en Afrique du Sud mais de construire avant tout une équipe. Son "team" une fois constitué, le Bonnevalais va alors l’expatrier. Pour engranger de l’expérience. Et cela débute avec un périple en Palestine. « J’ai perdu dix joueurs lors de ce stage suite à des problèmes de visas (ndlr : 6 resteront au pays et 4 bloqués en Jordanie). » Malgré l’aide d’un traducteur, Neveu a rencontré moult obstacles, « il fallait essayer de se faire comprendre avec les dirigeants », dit-il. Et à chaque fois, il les a surmontés, non sans heurts. Comme avec le trésorier de la Fédération qui le critiquait dans la tribune présidentielle. Neveu viendra un jour lui expliquer entre quatre yeux qu’il ne fallait pas trop empiéter sur son terrain. « Je me suis accroché avec beaucoup de monde. C’était le prix à payer pour réussir. Mon expérience ici dépasse tout que j’ai pu vivre ailleurs. J’aurais pu m’ensabler… » Au final, il a décomplexé un peuple renfermé jusqu’alors sur lui-même.

« L’expérience la plus difficile. Psychologiquement surtout. Dans un pays assez fermé. » Lors des éliminatoires du CHAN donc, la Mauritanie élimine d’abord le Liberia. Premier exploit devant les yeux du chef de l’État, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, qui avait frôlé la mort quelques mois plus tôt quand sa voiture avait essuyé une rafale de kalachnikov. Car la Mauritanie est plus connue pour le terrorisme -mieux vaut ne pas s’aventurer dans le désert- que par les richesses de son sous-sol et ses plages paradisiaques.

Pour aller en Afrique du Sud, la Mauritanie doit ensuite se débarrasser du Sénégal. Les pronostics sont loin d’être en faveur de la sélection jaune et vert. « C’est un peu comme si on affrontait le Brésil », lance Neveu. À Dakar, les Mourabitounes s’inclinent 1-0. Au retour, c’est l’exploit : victoire 2 à 0. « Ce fut un événement historique qui a dépassé le cadre du football et du sport. Il y avait 25.000 personnes dans le stade et 40.000 aux abords. Ce fut une fête sans précédent. Et pourtant, rien ne fut simple. Car on a joué en plein ramadan. À l’aller comme au retour, alors qu’on avait demandé au Sénégal de déplacer le deuxième match après le ramadan… » Refus du coach sénégalais. Du coup, Neveu va devoir une nouvelle fois composer. « Demander aux joueurs de s’abstenir de prières aurait constitué un affront. Alors j’ai adapté compétition et religion. On a joué à 22 heures. Deux heures avant, j’ai pu rassembler les joueurs pour la causerie d’avant-match. »

« Qualifier le pays pour le CHAN, c’est pas le Pérou », le reconnaît Neveu, mais cette victoire a permis aux gens de s’ouvrir. « Aujourd’hui, sur le marché de Nouakchott, des mamies m’embrassent sur la tête, confie l’icône Neveu. Je suis aussi reconnu que le chef de l’État qui a fait beaucoup pour le football. Une statue ? Je ne pense pas que je serai statufié, mais, ici, ils se souviendront de moi », lâche le Bonnevalais avant d’ajouter : « Tout a été très dur pour en arriver là. Mais ce succès m’a reboosté. C’est l’expérience la plus difficile que j’ai eue à mener. Psychologiquement surtout. Dans un pays assez fermé », conclut Neveu par ce doux euphémisme.

Jean-André Provost

Source : AfricaTime