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Le Sénégal, un modèle démocratique en péril
samedi 29 octobre 2011
Par Ndeye Khady Lo
Depuis quelques temps, les déclarations guerrières ont pris le pas sur la réflexion et les discours programmatiques. Entre l’opposition sénégalaise, réunie au sein du M23 (Mouvement du 23 juin), et la majorité présidentielle la volonté d’en découdre avec des biceps semble l’emporter sur la nécessité d’asseoir un débat d’idées démocratique et libre.
Il ne se passe plus un jour sans que la presse sénégalaise ne relate une déclaration va-t-en guerre, une menace, des propos discourtois ou des faits de violence ou de vandalisme. A quatre mois de la présidentielle de 2012, les politiciens sénégalais semblent avoir signé un pacte d’agression mutuelle. Les enjeux de la présidentielle de 2012 sont certes importants mais ils ne sauraient justifier l’escalade verbale à laquelle on assiste depuis quelques temps.
Lors de la célébration de l’anniversaire du 23 juin, le 23 Novembre dernier, la représentante du Mouvement politique citoyen (Mpc/Luy Jot Jotna) à Bambey, une ville située à 90 Km de Dakar, a été violemment agressée par des gens qu’elle identifie comme étant des militants de sa rivale politique du Parti démocratique sénégalais, Aïda Mbodj. Une plainte a été déposée.
Tous en prison !
Avant cet évènement, le procès du président de Convergence socialiste, Malick Noël Seck, a failli virer à l’affrontement entre opposition et pouvoir. Le jeune responsable socialiste a été condamné à deux ans fermes pour « menaces de mort », « offense au chef de l’Etat » et « outrage à magistrat ». Cette condamnation risque de mettre le feu aux poudres car les jeunes du M23 comptent signer la lettre qui a valu à M. Seck son incarcération. Une initiative dénommée « Je refuse » invite tous ceux qui souhaitent signer la lettre avant qu’elle soit envoyée aux cinq sages du Conseil Constitutionnel, de se rendre au siège de la Rencontre Africaine des droits de l’homme ce mercredi 26 juillet. Ces jeunes souhaitent rejoindre leurs camarades socialistes en prison.
« Force restera à la loi »
Face à la montée de la violence, le ministre de l’Intérieur du Sénégal, Me Ousmane Ngom, a affirmé que force restera à la loi quoiqu’il arrive.
« Il y a un Etat qui veillera pour que le droit soit respecté par toutes les parties et en permanence. Il faut donc que chacun se le tienne pour dit. C’est-à-dire nous n’accepterons pas que le pays bascule dans la violence et nous serons intransigeant de ce point de vue quelques soit le bord où la violence se situera. Il faut que tout le monde le comprenne ainsi. Nous nous sommes équipés en conséquence. Nous avons les hommes qui sont formés en conséquence », a-t-il indiqué à la presse.
Une déclaration que l’opposition a vite analysée comme une menace. Alioune Badara Cissé, le numéro deux de l’Alliance pour la République, a soutenu que l’Etat cherche à se faire peur.
« Le rôle de l’Etat est d’assurer la sécurité des populations. La tension est déjà forte et palpable avec le provocation faite par le pouvoir lors du procès de Malick Noël Seck et les actes qu’aurait commandités la ministre de la Famille, Aïda Mbodji à Bambey », a-t-il commenté.
« Absence d’esprit démocratique »
Mame Less Camara, un analyste politique très écouté au Sénégal, considère que la violence politique qui sévit depuis peu est prématurée car le Sénégal a tendance à vivre des troubles électoraux durant la campagne. Mais, souligne-t-il, force est de constater que la campagne électorale semble avoir déjà commencé.
Il déplore toutefois le recours à des nervis. « Les scandales politiques et les affrontements entre différents partis ne sont que des moyens pour intimider, voir bâillonner l’adversaire politique. Cela prouve l’absence d’état d’esprit démocratique chez les politiciens sénégalais qui semblent aller dans le même sens que Gbagbo, c’est-à-dire « gagner ou gagner », fustige le journaliste.
A son avis, la violence politique installe l’insécurité chez les populations. « Elle aura pour conséquence un taux faible de participation aux élections présidentielles de 2012 entrainant ainsi une altération de l’expression suffrage universel », conclut-il.
Ndèye Khady Lo est une journaliste sénégalaise spécialiste des questions politiques et sociales. Elle a travaillé pour le quotidien national sénégalais Le Soleil et pour la Télévision Futurs Médias (TFM).