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Le jeu politique se corse de jour en jour : Notre démocratie serait-elle en danger ?

vendredi 25 mai 2012


La situation sociopolitique du pays n’incite pas à l’optimisme. Chaque jour que Dieu fait apporte son lot de déceptions du fait de ce processus démocratique dévoyé. De sorte que des élections municipales et législatives pour renouveler les conseils municipaux et la chambre des députés, ne parviennent pas à être tenues dans les délais réglementaires. Elles ont été repoussées plusieurs fois et maintenant, bien qu’aucune date n’ait été retenue, il est probable qu’elles soient organisées vers novembre 2012. Mais se tiendront-elles vraiment à cette date ?

C’est toute la question qui taraude les esprits. Pour sûr le compte à rebours a été enclenché avec l’adoption du décret créant la Céni. Il reste à désigner ses membres. Une phase à venir très délicate pour les deux pôles du dialogue auquel les partis réunis au sein de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) ne sont pas partie prenante. Laquelle Opposition radicale a décidé désormais de mouiller la chemise afin de pousser Mohamed Ould Abdel Aziz à quitter le Pouvoir. Peu importe les moyens utilisés et advienne que pourra. Une attitude qui met effectivement en danger le dialogue politique qui, il faut le dire, est dans l’impasse. Puisque ce dialogue n’existe plus entre les acteurs politiques du moment dans les deux camps. Résultat : cette absence de dialogue a aboutit à la rupture qui peut parfois être violente si l’on n’y prend pas garde. A qui la faute ? Au pouvoir et ses « soutiens » pourrait-on dire pour le déficit d’écoute et d’attention aux récriminations de l’opposition. Chose qui n’aurait pas dû être si Ould Abdel Aziz n’avait pas fait le choix de diriger comme il l’entend les affaires du pays. Plusieurs occasions ont été ratées pour apaiser et pacifier le climat politique entre l’opposition et le pouvoir particulièrement dès le départ, à la suite de son élection à la présidentielles du 18 juillet 2009.

Chassez le naturel, il revient toujours au galop

Elu au summum de sa popularité, il pouvait engager un dialogue inclusif avec l’opposition. Tout comme il pouvait dissoudre l’Assemblée nationale pour renouveler la chambre des députés. Mais le chef de l’Etat est resté sourd aux appels en ce sens. A force de continuer à croiser le fer contre cette opposition, le jeu politique s’est corsé pour ne laisser place qu’aux invectives, aux divisions stériles déroutantes . Qui plus est, les acteurs politiques chargés de faire vivre notre démocratie sont souvent âgés. Qu’ils soient du camp du pouvoir ou de l’opposition, modérés ou pas, ils ne veulent pas apparemment que le peuple se réapproprie la vie de la cité. D’ailleurs osons le dire, c’est une caste tout simplement qui refuse de prendre sa retraite politique. Si notre démocratie est en danger c’est parce que l’on assiste à la perte d’un certain nombre d’acquis démocratique qui faisait la fierté du mauritanien. La réalité est amère mais nous sommes revenus à un régime avec une répartition des richesses de plus en plus inégalitaire. S’il est vrai qu’on nous permet souvent de parler, il est triste de constater qu’on ne nous écoute pas. Surtout quand ces acteurs politiques mettent en danger la démocratie par des pratiques malhonnêtes. Ils ne donnent pas l’exemple. Sont-ils prisonniers de la soif du pouvoir ?

En tout cas pour l’intérêt suprême du pays, le chef de l’Etat doit accepter d’entendre cette opposition qui n’a pas la même opinion que lui sur bien des questions. Parce que composer avec cette opinion différente permet de prendre une décision plus éclairée. Cela renvoie à la notion de pluralité. Ce qui n’est pas le cas pour le moment. Au contraire, ce à quoi nous assistons maintenant, prépare plutôt à la confrontation.

La COD persiste et signe que l’heure n’est plus au dialogue mais au départ de Ould Abdel Aziz du pouvoir. Pour la CAP de Messaoud et Boïdiel Ould Houmeïd, pas de dialogue avec l’opposition boycottiste. Pendant ce temps une autre initiative tentent de renouer le fil rompu du dialogue. C’est l’ambition affichée par l’ancien Premier Ministre Yahya Ould Ahmed Waghef président du parti Adil, Moustapha Ould Abeïdrahmane du Renouveau Démocratique et Kane Hamidou Baba. Ils viennent de rencontrer le leader du RFD, Ahmed Ould Daddah pour plaider le bien fondé du dialogue. La Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP) regroupant Wiam et APP vient de tenir un point de presse dans lequel Boïdiel Ould Houmeïd et Messaoud Ould Boulkheïr semblent se dresser contre la COD. Selon eux, un dialogue a eu lieu ayant abouti à des résultats et qu’il faut mettre en œuvre. Ce n’est qu’après qu’on pourra si nécessaire les enrichir. Qu’est-ce à dire ? Il n’échappe à personne que des élections sans la participation de cette opposition ne seront pas crédibles. Pas même aux yeux de la communauté internationale.

Quelque soit l’issue de ces contacts, attention aux dérapages. L’exemple malien est là pour rappeler qu’il y a des erreurs qui sont lourdes de conséquences. Voilà pourquoi notre démocratie qui se matérialisait hier par des élections, est en danger aujourd’hui. Qui dit « pouvoir », dit forcément « contre-pouvoir ». C’est cela la force d’une démocratie.

Moussa Diop

Source : Le Quotidien de Nouakchott