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Le vote de chaque électeur selon la position de chaque candidat sur "spectre politique"

dimanche 22 juin 2014


Par Cheikh Ibrahima Sarr

Samedi 21 Juin 2014, jour de vote aux élections présidentielles Mauritaniennes qui met en concurrence, officiellement cinq candidats, à savoir par ordre alphabétique Biram Ould Dah Ould Abeid, Boidiel Ould Houmeid, Ibrahima Moctar Sarr, Mme Lalla Mint Moulaye Idriss et Mohamed Ould Abdel Aziz (Président sortant).

Sur ce, nous allons faire travailler un peu nos acquis pour voir au niveau des citoyens qui s’exprimeront lors de ces élections qui votera pour quel candidat et pourquoi un tel choix. Nous allons nous baser sur des variables indépendantes telles que l’idéologie que porte chaque candidat, les points saillants de sa volonté politique accompli ou en projet, le parcours de chacun, et sur la variable dépendante qui est le choix du votant par rapport à ces caractéristiques citées (V.I).
Nous voulons et le ferons dans les limites du possible, être très objectif et scientifique dans notre démarche. L’objectivité inclue aussi l’exposition exacte des faits et des résultats tels que nous les envisageons, nous sommes loin de tout communautarisme, ethnicisme, racisme ou tribalisme, nous ne favorisons personne ni ne combattons aucun candidat, nous présentons les choses telles que nous les concevons ; et cette présentation n’est ni exempt d’erreurs, ni parfait, elle est ouverte à tout attaque et tous critiques.

Sur ce, nous allons d’abord présenter notre cadre d’étude qui le "spectre politique" sur lequel on se base pour analyser le choix des électeurs selon le profil des candidats, ensuite placer chaque candidat à la place qui lui revient sur l’échelle du spectre par rapport à son profil politique et enfin en déduire le choix du votant selon sa situation sur le spectre politique.

Dans le domaine de la politique il y a certaines valeurs, attitudes et volontés que prônent ou détiennent certains acteurs, partis ou mouvements politiques et qui nous permettent de les identifier et de les classer radical, libéral, modéré, conservateur ou réactionnaire, alors on les placent sur une échelle allant de la gauche vers la droite, les deux premiers cités sont les gens de la gauche, les défenseurs du changements, les progressistes, ensuite à la droite de l’échelle on a les deux derniers cités qui sont ceux de la droite, les conservateurs qui se contentent et se sentent à l’aise de la situation actuelles, ils sont pour le système statu quo, ils ont peur du changement, sauf les réactionnaires à droite qui veulent un changement, mais régressif, enfin nous au centre de l’échelle les modérés, leur position n’est ni défini à la gauche, ni à la droite, ils s’adaptent tantôt à l’un des deux. Voici ce que l’on appelle la configuration schématique des attitudes et idéologies politiques ou le spectre politique.

Maintenant si nous venons au cœur de notre sujet et suivant le spectre politique, pourquoi l’électeur mauritanien votera pour tel candidat et non pour l’autre. Ceci se fera selon l’attitude de chacun des candidats en liste, l’idée qu’il/elle porte, véhicule ou représente, la promesse profonde et réelle ou non du changement, dans l’immédiat ou à long terme, les actes concrets réalisés ou en projets. Contentons-nous maintenant de placer nos braves candidats dans l’échelle que nous avons présenté précédemment, à savoir l’échelle de la gauche à la droite selon le profil politique de chacun, nous aurons sur le spectre politique et à droite automatiquement à la fois Mohamed Ould Abdel Aziz, Boidiel Ould Houmeid et Lalla Mint Moulaye Idriss, c’est-à-dire parmi les conservateurs, les partisans du statu quo, vue leur passé et parcours politique. Lalla Mint Moulaye Idriss est une pure produite du système de Taya à Aziz (le début de son parcours politico-administratif), elle a fait son chemin avec et successivement jusque sa récente fonction (directrice du C.A de l’agence officielle d’information du gouvernement), donc réconforté par l’état actuel des choses ; de même que Boidiel Ould Hoimed ancien acteur (ministre et membre du parti majoritaire de l’époque) du régime de Taya et considéré lui et son clan comme le recyclage de l’ancien P.R.D.S, défenseur d’une communauté Arabe de Mauritanie unie (absence de distinction entre Haratine et Beïdane, ligne médiane avec Birame) ; Enfin Mohmaed Ould Abdel Aziz le Président sortant et candidat à sa propre succession, il est le porte flambeau du système actuel, il l’a hérité, il l’a perpétué et il veut l’assuré jusqu’à la fin, certes ses politiques entre 2009 et 2014 ont créé des changements, mais profondes et majeures ni au détriment des couches sociales nécessiteuses. Tous ces trois candidats partagent le seul point qu’ils n’ont aucun intérêt majeur à ce que le système actuel change, ou du moins, si le système doit changer et qu’il le sera dans l’inconnu, mieux vaut que le statu quo continue à exister, ils n’y ont rien à perdre, par contre s’il y a un quelconque changement ils auront beaucoup à perdre. Cependant, les deux autres candidats qui restent de la liste sont automatiquement placés à la gauche du spectre politique, à savoir l’intervalle des partisans du changement, pour eux l’état actuel du système (dans son sphère social, économique, du régime politique, des valeurs fondamentales de l’État…) doit considérablement changé. Alors Birame Ould Dah Ould Abeid sera loin à la borne de l’intervalle, à gauche du spectre politique, du fait de son radicalisme, ce qu’il assume, défend et expose dans son programme, ses actions, ses discours et sorties, c’est un partisan d’un changement profond et immédiat du système actuel, si la violence est un dernier recours, alors faut l’utiliser, il veut une révolution sociétale de la Mauritanie, il l’a démontré inlassablement avec son organisme de droits humains et il en a récolté quelques fruits ; Quant à Ibrahima Moctar Sarr, il est toujours sur la gauche, mais un peu loin à la droite de Birame, on peut le classer comme un libéral, c’est aussi un partisan d’un changement de l’état actuel des choses, même si lui aussi dans ses revendications on peut lire un radicalisme de ses préoccupations, tels que : La révision de certains symboles de l’État (drapeaux, hymne…) et d’autres types de revendications de ce genre, on peut du moins dire qu’il est moins radical que Birame, car il a coopérer avec le système en place, fait des coalitions avec, donc il mène son combat au sein même du système, il veut changer ce dernier en y évoluant.

Alors avec cette configuration politiste par rapport au profil et volonté de chaque candidat pour le pays, quand nous ferons une observation objective de la société Mauritanienne et la classer anthropologiquement et alphabétiquement citant, nous aurons les Arabo-berbères ou Beïdanes (Hassanophones) et les Noirs qui regroupent les Haratines (Hassanophone et de même culture que les beïdanes), les Poulars (Poularophones), les Soninkés (parlant le Soninké) et les Wolofs (parlant le Wolof) et dont ces trois derniers ont leurs cultures respectifs et sont regroupés sous le nom de Négro-Africain Mauritanien. Partant de cette composition sociale du pays et de la situation générale socio-économique de chaque communauté de la société, on va se dire à partir de la réalité sociale du passé et actuelle que la communauté Haratine et celles des Négro-africains Mauritaniens ont le plus besoin de changements, ou ils ont le plus souffert du systèm en place, cela depuis l’indépendance jusque nos jours, donc de de réels changements socio-économiques, l’amélioration considérable de leurs conditions matérielles, alors que la communauté Arabo-berbère ou Beidhane n’est nullement inquiété de ce changement, ou si l’on ne se trompe, nous accepterons tous que, face au choix, le changement ou le progrès vers un avenir pas encore tracé ou déjà projeté et le statu quo, la communauté Beïdane choisira sans hésitation le statu quo, alors face à cette même question posée aux communautés des Haratines et Négro-Africains et avec comme leaders les deux candidats de la gauche du spectre politique, ils choisiront le changement, même avec un avenir incertain.

Donc, hors de tout clientélisme électoral (achat de voix, influence directe physique ou morale et illégale, confiscation de carte d’électeur monnayant contrepartie pécuniaire…), si le citoyen Mauritanien est conscient de l’ensemble des candidats en lice, de leur passé, de leurs revendications et positions politiques, leurs programmes électoraux, leurs discours… bref ; S’il est de la communauté Beïdane il votera d’abord pour Aziz, pourquoi ? Parce qu’il bénéficie le plus d’une large médiatisation due à plusieurs facteurs (Président sortant, large campagne…), de son parti majoritaire et dans le rang des trois de la droite, il est encore l’unique qui a prouvé (avec son 1er mandat) qu’il gèrera le statu quo ou la redorera, ensuite vient Boidiel Ould Houimed, la connaissance aussi par le public, il a été longtemps présent devant le public, notamment parce qu’il est aussi chef de parti et à des bases politiques, enfin le troisième choix reviendra à Mme Lalla Mint Moulaye Idriss, elle est peu connue même si son parcours dans le système à commencer depuis la période de Taya, elle est indépendante (sans parti politique) avec une campagne minimale ; Si par contre le votant Mauritanien est Haratine ou Négro-africain et qu’il dispose de toute cette conscience citoyenne et politique que nous avons énuméré plus haut, certainement il votera Birame en 1er choix, les facteurs qui font qu’il est le 1er choix du partisan du changement, n’est pas essentiellement basé sur son radicalisme mais plutôt sur son pragmatisme, ceux qui sont lésés par le statu quo ont besoin du concret et Birame a posé des actes concrets qui ont fait subir de minimes modifications dans le système actuel, et donc il répond selon le Mauritanien défavorisé à sa solution immédiate et effective, enfin Ibrahima Moctar Sarr sera en 2ème position du choix des partisans du changement, car même si il a eu un passé de "révolutionnaire", qu’il est victime du système comme Birame, que son radicalisme n’est pas loin de celui de Birame, au niveau des actions réussies pour la société et pour les réformateurs, Birame est loin devant lui, sa coopération avec le système en place mal comprise par certains, si c’est une stratégie, peut lui couter des points. Donc les choix se feront ainsi.

Cependant, il y a une frange de la population Mauritanienne, du corps électoral de la présidentielle du 21 Juin qu’il ne faut pas négliger, qui assez importante, qui a fait son succès dans le système, qui ne suit que la représentation de ses intérêts matériels et qui ne respecte en rien la combinaison des variables et des résultats attendues faite entre les profils politiques des candidats et le choix des électeurs. Je parle de cette "bourgeoisie" Mauritanienne que déjà un auteur nommé Ali Mohamed niait dans l’un de ses articles leur existence en valeur, tout en acceptant du moins et implicitement leur existence en fait. Cette "bourgeoisie" Mauritanienne qui rassemble à la fois Beïdanes, Haratines et Négro-africains, tout confondue, ils voteront et en masse, c’est sûr qu’ils ne boycotteront pas les élections, car tout leurs intérêts se trouve dans la participation "procédurale" à la démocratie. Ils sont en principe pour celui qui assure leur élévation continue et graduelle au niveau de l’échelle sociale, ils ont déjà leurs acquis, donc le changement ne les arrangent point, alors ils voteront pour ceux qui maintient le statu quo et qui le fera évoluer, donc Aziz est leur meilleur choix. Enfin donc, dans cette analyse ils représentent l’autre variable indépendante caché et difficile à combiner, alors attendons à leur pouvoir à faire rendre obsolète toute combinaison déjà faite.

Cheikh Ibrahima Sarr