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Marché noir en Mauritanie : Un Eldorado pour jeunes débrouillards
dimanche 10 juin 2012
Le marché noir de devises. Un monde souterrain et grouillant, véritable circuit parallèle des changes avec ses secrets et ses codes. Ses tentacules s’étendent du marché de la Capitale à ses environs les plus immédiats. D’autres, sous le poids de la concurrence, s’aventurent plus loin, au carrefour BMD-Nokta Sakhina, le cœur chaud de Nouakchott.
Ce marché brûlant est alimenté par des groupes de jeunes, la plupart des diplômés au chômage, qui trouvent là un créneau, pour nourrir leur famille et subvenir à leurs besoins. En attendant des jours meilleurs. Reportage.
La majorité des vendeurs sont réticents à se dévoiler ou à se révéler. Ils fuient les rampes des projecteurs et préfèrent travailler dans le noir. Même face aux médias. Ils sont pour la plupart jeunes, certains retranchés derrière des turbans qui leur mangent la tête et même les yeux. Des silhouettes anonymes et banales, debout près des principales avenues attenantes au marché de la Capitale et le centre ville.
Des claqueurs de doigts, en groupes ou en solitaire, qui chassent le client et n’hésitent pas à s’agripper avec l’énergie du désespoir aux portières des véhicules qui ralentissent ou s’arrêtent à leurs pieds.
MOD fait partie de ses "claqueurs de doigts " du marché de la Capitale. Il affirme s’être lancé dans le job en 2004.Des proches lui avaient conseillé ce boulot. "Le marché noir existe depuis longtemps, mais on été étroitement surveillé sous le gouvernement de Ould Taya " affirme-t-il. Il reconnaît ainsi avoir été emprisonné pendant vingt jours dans les locaux de la Douane.
Certains de ses amis ont même passé une semaine en prison, révèle-t-il, les yeux rivés sur le goudron où se serraient des dizaines de véhicules à l’heure de pointe. " Après le putsch de 2005, poursuit-il, le marché des changes a été libéralisé". Le gouvernement avait constaté, trouve-t-il, que ce marché était une véritable soupape sociale, dans la mesure où il offrait des débouchés aux nombreux jeunes sans emploi.
"Alors, j’ai choisi de me lancer dans ce métier" ajouta-t-il. Selon lui, le marché est porteur. La plupart des vendeurs gagnaient, selon lui, par jour 10.000 à 20.000 Ouguiyas. Les affaires ont été cependant gâchées par l’assassinat des quatre touristes français en 2007 à Aleg. "Le nombre de touristes européen a brusquement diminué. Ce qui s’est dramatiquement répercuté sur les gains ".
Aujourd’hui, indique MOD, les claqueurs de doigts s’en sortent à peine avec 3000 ou 2000 Ouguiyas par jour, si ce n’est moins. Mais à l’entendre, la dynamique a été lancée. "Beaucoup de jeunes se sont lancés dans le secteur des changes à défaut de chômer et de dépendre d’autrui" conclu MOD. Interrogé sur les devises les plus sollicitées, il énumère l’Euro, particulièrement recherché. "C’est la monnaie la plus forte et elle existe en abondance, dans le marché " révèle-t-il .
En deuxième position, vient le franc CFA, sans doute du fait de la présence de nombreux immigrés Sénégalais, ensuite le Dirham puis le Dollar. Alors que MOD se prononçait sur le marché noir, voici qu’un vieil asiatique stationne sa voiture .Comme une bande d’enragés, MOD et des dizaines de jeunes qui l’entouraient se précipitent sur le client. " On te propose à 381 ……à 387 Ouguiyas l’Euro" crie-t-on à tue-tête dans une véritable emmêlée de boubous.
Quelques turbans se baissent, révélant des visages imberbes et des demi-moustaches à peine sorties de l’adolescence. Des propositions faites dans un tel cafouillis que le client finit par se lasser. Il essaye de se libérer de a pression étouffante. Les propositions revenaient toujours. "Vous n’aurez pas meilleur prix ailleurs" lui lançait-on alors qu’il cherchait à partir. " Le marché Kerche El Batroune est beaucoup plus cher que nous ", eut-il le temps d’entendre avant qu’il ne quitta la fournaise. Le vieux asiatique se dirigea vers le marché.
Au fin fond du marché de la capitale, se trouve le must du must. Le marché "Kerche El Batroune " qui signifie littéralement "le ventre du patron". Là opèrent les véritables seigneurs des devises, assis en cercle ou dévissant devant des boutiques de luxe, entre deux gorgées de thé et l’odeur entêtante du méchoui. L’endroit idéal pour les grands businesse. Les autres, ne sont que des rabatteurs. Ici le touriste asiatique emblait avoir trouvé satisfaction .Il aurait obtenu 390 Ouguiyas à l’Euro.
Mohamed Abdellahi Dahhy (Stagiaire)
Source : Journal L’Authentique