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Mauritanie : Carte de séjour ou l’expulsion
mercredi 20 mars 2013
Depuis quelques semaines, les étrangers n’ayant pas de carte de résidence se font purement et simplement expulser de la Mauritanie, souvent dans des conditions pas très démocratiques ou hospitalières. Ce retour simple vers le bercail se fait occasionnellement sans avertissement de leurs ambassades respectives.
De nombreux ressortissants sont confrontés à un double dilemme : payer la symbolique somme de 30.000 UM (50. 000Fcfa), pour garantir son séjour pendant un an ou plier bagage faute de moyens ou de refus de paiement de cette somme jugée « élevée » pour la majorité de migrants vivant de petits boulots, ils sont véritablement le moteur du secteur informel ici. Les étrangers non détenteurs de carte de séjour ont été expulsés de Nouadhibou, de Nouakchott vers la frontière Rosso notamment pour les ressortissants sénégalais. Apparemment, les responsables mauritaniens entendent mettre de l’ordre en incitant ces migrants à se soumettre à la loi du pays même étant dépourvus de moyens ou de partir.
Les expulsions occupent la « Une » des débats dans le train, dans les taxis, au marché bref partout où la main d’œuvre étrangère non encore munie de la carte de séjour se présente. Selon le site ndarinfo.com, « à la date du 6 mars, il y aurait près de 100 Sénégalais, 40 Gambiens, 20 Maliens, environ 10 Guinéens, 7 Bissau-Guinéens et 2 Nigérians expulsés. Ces chiffres sont revus à la hausse tous les jours », précise ce site d’information. Face à ce qu’il est convenu d’appeler, pour certains, « Une chasse à l’homme », des migrants se terrent chez eux ou optent pour des mesures draconiennes réduisant leur mouvement au strict minimum : « On a peur, surtout, des policiers qui se déguisent souvent en civil pour nous arrêter et nous expulser avec brutalité. On veut continuer à vivre ici mais nos moyens ne nous permettent pas de payer 30.000 UM, on préfère rentrer chez nous que de subir ces expulsions inhumaines », témoigne le mécanicien Mandé à Basra plaidant pour l’assouplissement des frais de carte de résidence.
La restauratrice Aminata fustige les retombées de ces rafles expliquant : « Les clients se font rares, je ne gagne plus comme avant, mes clients qui sont des expatriés ouest africains ont peur de se faire surprendre par des hommes notamment la nuit, je ferme boutique à 21h de peur d’être embarquée avec mon fils et mon mari ». Comme elle, de nombreux migrants redoutent les rafles qui peuvent subvenir à tout moment faute de professionnalisme des hommes de tenue chargés de faire « le sale boulot, à savoir l’expulsion spontanée de la main d’œuvre mauritanienne ». C’est sur ce ton que Fatou et Ndèye abordent dans un taxi « Tout droit » cette affaire qui trouble le paisible sommeil de ressortissants venus offrir leur service à la Mauritanie dans un élan de donner et du recevoir.
Pendant ce temps, d’autres ressortissants font encore le rang pour se doter d’une carte de séjour de peur d’être expulsés « comme des voyous », déclare le taximan Babjan pour qui « les migrants doivent être traités dignement même s’ils n’ont pas le droit de s’acquitter de leur devoir. Il faut imposer des délais avant d’expulser les gens dans de telles conditions ». A titre de rappel, c’est en 2012 que la Mauritanie a institué la carte de séjour pour tous les étrangers vivant sur son territoire.
Awa Seydou
Source : RFI (Atelier des médias)