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Mauritanie : La nouvelle vie d’Ahmed Baba Miské

jeudi 31 juillet 2014


L’ancien diplomate et militant de la libération des peuples, Ahmed Baba Miské, couche désormais sur le papier sa très longue expérience africaine. Rencontre.

Durant des années, il a été sollicité par d’anciens camarades. Tous indignés face à des manuels scolaires qui, selon eux, ne présentaient pas les vrais héros de l’indépendance. En réponse, Ahmed Baba Miské a accepté d’écrire l’Histoire telle qu’il l’a vécue, dans son dernier livre La Décolonisation de l’Afrique revisitée. "On a agi complètement à l’envers en érigeant en héros des fantoches qui ont été placés par l’administration coloniale, assure-t-il avec calme, dans un salon de sa maison de Nouakchott.

Or, ceux qui se sont réellement battus pour l’indépendance de la nation ont été emprisonnés ou assassinés." À travers l’"échec" des pères fondateurs et de leurs successeurs, il tente d’expliquer pourquoi, durant ces cinquante dernières années, l’Afrique s’est développée moins vite que l’Asie et pointe du doigt la responsabilité de l’Europe. À 79 ans, Ahmed Baba Miské est de ceux qui ont pris part à la lutte pour l’indépendance de leur pays. Il a été aux premières loges de l’histoire du sien, la Mauritanie.

Supprimer le tribalisme et l’esclavage

Originaire de Chinguetti, Ahmed Baba Miské devient militant en décembre 1955. Il a 20 ans et participe à la création de l’Association de la jeunesse mauritanienne (AJM, qu’on désignait souvent par "Jeunesse"), dont il est le secrétaire général. Idéaliste et anticolonialiste, il veut changer la société en supprimant le tribalisme et l’esclavage.

Idéaliste et anticolonialiste, il veut changer la société en supprimant le tribalisme et l’esclavage.

En août 1958, alors que la France demande à ses territoires d’outre-mer d’exprimer leur souhait d’accéder à l’autonomie, la frange la plus radicale de l’AJM décide de créer un parti, la Nahda. Elle est en effet déçue par Moktar Ould Daddah, alors vice-président du Conseil de gouvernement et secrétaire général du Parti du regroupement mauritanien (PRM), qu’elle juge trop proche de l’administration coloniale.

Mais la Nahda n’est pas autorisée à participer au référendum, et ses leaders sont arrêtés et assignés à résidence à Tichit (Centre). "J’ai ensuite contribué à la création du Parti du peuple mauritanien (PPM) et exigé que la Nahda y ait sa place, souligne Ahmed Baba Miské. Mais nous étions mal préparés, nous courions dans le vide après un idéal, j’ai fini par le quitter." Des amis lui trouvent une porte de sortie : il servira le pays à l’étranger.

"Sidi a laissé le système de Maaouya se recréer"

Pour ce fervent militant sahraoui débute alors une deuxième vie. Il devient ambassadeur de la Mauritanie à Abidjan et à Washington, représentant permanent à l’Organisation des Nations unies (ONU) de 1963 à 1967, puis directeur des Pays les moins avancés (PMA) à l’Unesco en 1988. "Je me suis lancé dans le combat au service des mouvements de libération des peuples, et jusqu’à aujourd’hui, je m’y suis consacré."

En 2005, de retour en Mauritanie, il travaille à l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi avec les militaires ayant déposé Maaouya Sid Ahmed Ould Taya, dont l’actuel président Mohamed Ould Abdelaziz. "Sidi" fait appel à lui pour faire partie de ses conseillers. Pourtant, lors de la chute de celui-ci, le 3 août 2008, il ne le soutient pas. "Il a laissé le système de Maaouya se recréer au lieu de l’éradiquer", estime-t-il.
Lors de la dernière campagne présidentielle, Ahmed Baba Miské a très clairement affiché son soutien à l’actuel chef de l’État, Mohamed Ould Abdelaziz. Il lui sait gré d’avoir pris à bras-le-corps le problème de la défense du pays, mais il attend également qu’il lutte contre la corruption et le gaspillage. Il ne cache toutefois pas sa déception quant à l’évolution de la Mauritanie et à la "médiocrité" des gouvernements successifs. Mais l’ancien membre du Front Polisario s’attelle désormais à l’écriture de sa propre histoire : ses Mémoires.

Justine Spiegel, envoyée spéciale à Nouakchott

Source : Jeune Afrique