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Pouvoir – Opposition : Dialogue à distance
mardi 29 novembre 2011
Par Sneiba Mohamed
La série de meetings que l’opposition et la majorité ont organisés, au cours de la semaine, dénotent d’un retour insidieux à la guéguerre verbale qui alimente la crise politique en Mauritanie. Face à l’indifférence des populations à tout ce qui n’est pas lié à leur quotidien, une série de questions sont quand même posées : Qui a remporté cette énième manche ? A quoi sert-il de montrer ses biceps pour un pouvoir en bute à des problèmes de toutes sortes ? Que gagne l’opposition à suivre la même voie de l’escalade qui a produits des effets « contrastés » en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yémen et en Syrie ?
Des questions qui soulignent l’ampleur du fossé qui sépare désormais les deux camps. Ou plutôt les trois pools de la crise, l’opposition participationniste » au dialogue (APP, AL Wiam, Hamam, Sawab) voulant marquer son territoire par rapport à la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) et à la Majorité présidentielle soutenant le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz.
Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parlé d’une campagne avant l’heure pour les élections municipales et législatives à venir, les meetings auxquels l’on assiste depuis un certain temps sont vus par les formations politiques sous divers angles : Ebranler le pouvoir du président Aziz, montrer qu’il est en train de provoquer la descente aux enfers des citoyens (y compris ceux qui ont voté pour lui) ; magnifier les réalisations du gouvernement et présenter, sous forme de « déception » et d’amertume, les considérations sur le pouvoir de la COD, consécutives à la débâcle de l’élection présidentielle de juillet 2009. Toujours est-il que dans cette confrontation verbale, ce sont les populations qui perdent patience et commencent déjà à faire sentir leur désarroi.
Marche à rebours
Comment nier que la vie du Mauritanien ordinaire, non politisé, n’est faite, bien avant le changement du 3 août 2005, que de problèmes en série ? Si l’on convient que Maaouiya menait le pays droit contre le mur, on ne peut pas dire pour autant que les régimes qui lui ont succédé avaient vraiment la bonne recette pour le sauver. Depuis « la chute du dictateur », la noria du désespoir continue. La transition militaire 2005-2009 qui devait être une rupture définitive avec le cycle des coups d’Etats s’est avérée n’être qu’une pause, une sorte de « repos du guerrier », pas plus. Le début de l’Histoire, l’éternel recommencement, a pris le visage de cette « Rectification » qui a remis la Mauritanie dans l’ordre normal des choses, alors qu’on commençait à la citer en exemple de « bonne démocratie », comme on parle de bonne gouvernance !
On se surprend nous-mêmes à penser que tout ce que nous avons entrepris, pour oublier le Système Taya, n’était qu’un jeu. Un « masrah » (théâtre) dans lequel chacun avait son rôle bien défini à jouer. En fait, un contrat de dupes qui donnait à l’opposition démocratique à l’Ancien Régime le mauvais rôle, celui de « pacifier » les rapports avec les rescapés du Système, de prêcher la bonne parole à l’extérieur, pour amener la communauté internationale à croire en le processus mis en branle par les militaires du CMJD (Conseil militaire pour la justice et la démocratie) mais surtout, à servir de caution à la bonne transparence des élections, en participant à la course présidentielle précédée par celles des municipales et des législatives. Tous les malheurs de l’opposition viennent de là. La COD n’a pas à s’en prendre, à intervalles réguliers, à un pouvoir qu’elle a contribué pourtant à installer ! Involontairement. Son erreur fatale est de n’avoir pas su discerner, à temps, le jeu qui a permis au Système de reprendre la main. Même les militaires qui donnaient l’impression d’être les maîtres du jeu, étaient en réalité – déjà – les otages et (les victimes) de la machine mise en branle par les forces qui refusent le changement.
Dans ce cadre, et bien qu’il soit maintenant lassant de revenir sur l’épisode de la « Rectification », on peut dire que la crise qui a opposé le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi aux généraux Aziz et Ghazouani n’était, elle-même, qu’un acte majeur, de la « transformation » - retour – vers le système. Là encore, l’opposition qui a pris la (mauvaise) habitude de prendre ses rêves de pouvoir pour la réalité, a aussi accepté de s’engager, au nom de l’Accord de Dakar, dans une élection que tout le monde savait perdue d’avance. Un autre coup dur pour elle, qui explique, en grande partie, son « affolement » actuel. Faudrait-il alors que l’opposition accepte de se remettre en cause, de savoir que tout ce qui lui arrive est vraiment par sa faute. Quand on joue, on le fait à quitte ou double ! Il ne faut pas attendre d’être battu, dans une élection ou au niveau du discours qu’on présente aux populations, pour dénoncer le choix des armes.
Regarder vers l’avenir
C’est pour dire que l’opposition, même si elle a raison sur certains aspects de la critique qu’elle formule aujourd’hui à l’encontre du pouvoir (mauvaise gestion économique, amateurisme en politique, risque de déflagration sociale, mauvais choix diplomatiques) doit tempérer ses ardeurs pour être en adéquation avec son souci de préserver l’intégrité du pays, sa stabilité et sa cohésion. A trop tirer sur la ficelle, elle risque de casser. Et pousser l’extrémisme dans le verbe jusqu’à traiter l’adversaire politique de tous les mots n’aura, comme effet que de favoriser le retour insidieux de la Bipolarité et, à Dieu ne plaise, de conduire le pays vers cette situation tragique que connaissent, présentement, des pays arabes livrés à eux-mêmes après avoir été poussés par les autres (l’Occident) à tenter des révolutions populaires restés à l’état de révolte.
Sneiba Mohamed
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