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Sang froid du pouvoir : jusqu’où peut aller le président ?
jeudi 10 mai 2012
Les manifs organisées par les oppositions arabes, dans ce qu’on appelle communément « le printemps arabe » s’étaient souvent soldées par des dizaines de morts dans les rangs des protestataires des différents régimes.
Allant de Ben Ali à Kadhafi en passant par Moubarak et Abdallah Saleh, les pertes humaines ont été considérables. Jusqu’à hier, la Mauritanie semble faire exception à cette règle sanguinaire de la gâchette facile, malgré une pression de plus en plus accentuée de la COD sur le pouvoir de Ould Abdel Aziz, lequel armé toujours de sang froid, minimise l’élan de ses détracteurs en ironisant « hel min mezid ».
Toutes les révolutions arabes sanctionnées par des changements véritables des systèmes dictatoriaux et par la chute des longs régimes ont tous célébré leurs fonds baptismaux sur les tombes des martyrs disparus au cours des manifestations de leurs opposants, tués par les dispositifs sécuritaires à la solde des ex pouvoirs policiers.
Selon des organismes spécialisés, le régime de Zeine El Abidine Ben Ali a fait 219 morts et 510 blessés durant les troubles qui l’ont fait chuter. Le Conseil national des droits de l’homme égyptien estime quand à lui, que le nombre de martyrs tombés lors de la révolution du 25 janvier qui a renversé l’ancien président Hosni Moubarak, avait dépassé 600.
Mais c’est surtout dans la Jamahiriya que le bilan a été le plus lourd dans ces insurrections populaires. Selon l’Onu, la "révolution" libyenne qui a renversé Mouammar Kadhafi avait fait 25.000 morts. Le plus inquiétant encore dans ces changements, ce sont ces massacres qui continuent de marquer la vie insurrectionnelle de ces Etats plusieurs mois après la destitution des régimes bannis.
La Mauritanie, à son grand bonheur, malgré sa profonde aspiration pour le changement pacifique, échappe jusqu’à ce jour à ce rapport macabre entre le printemps arabe et la répression meurtrière ; malgré la constance et la recrudescence de l’élan de contestation des opposants de tout bord. Un tableau qui pousse certains à dire que la Mauritanie a déjà opéré son printemps depuis juillet 2009, d’autres à louer le sang froid du président de la république, qui a réussi à montrer un sang froid face à ses ennemis, préférant tâter personnellement le terrain politique pour répliquer à leurs attaques, sinon à dépêcher ses soutiens, notamment l’UPR pour préserver le rapport de force et dominer la scène politique nationale.
Mais, l’escalade irréversible de la COD, violement réprimée la semaine dernière avec la mise à échec du sit-in, fera-t-elle l’objet à l’occasion de sa reprise hier de la même gestion loin de tout bain de sang où sera-t-elle cette goutte qui fera déborder le vase, faisant perdre au pouvoir la maîtrise de ses nerfs et le contraignant à jeter le pays dans la poudrière benalienne ?
MOML
Source : Le Rénovateur Quotidien